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Mardi 26 août 2008

Deuxième livre que je lis de la nouvelle collection jeunesse de L'Atalante et à nouveau bonne pioche. C'est de la fantasy cette fois et c'est drôle.

On a un gobelin, pas très futé, souffre-douleur des gros balaises du clan, celui qu'on envoie en éclaireur pour qu'il se fasse casser la figure. Sauf que cette fois il s'en tire, que ce sont les gros balaises qui se font décimer et qu'il est entraîné, bien malgré lui dans une aventure riche en rebondissements et épreuves de toutes sortes. Car il tombe sur Barius, jeune homme bien décidé à accomplir sa quête, histoire de prouver ce qu'il vaut à ses parents ; son frère Ryslind, magicien plus ou moins malfaisant ; leur coach Darnak le nain, lui aussi sorcier et censé les protéger ; l'elfe Riana, voleuse à ses heures et prisonnière des trois autres. Ils vont affronter des zombies, des chauves-souris géantes et des pièges à n'en plus finir tendus par le Nécromant pour les empêcher de récupérer la gaule magique gardée par Straum le dragon.

Comme le suggère la couverture (très réussie), Jig le gobelin n'est pas une bête de combat. Pourtant, armé de son araignée Titache et de son petit couteau, il va venir à bout de bien des dangers, sans éviter quelques gnons et gamelles, pour le plus grand plaisir du jeune lecteur.

Mais il réfléchit aussi notre héros, il prend du poil de la bête au fur et à mesure de cette quête : « [les gobelins] étaient incapables de collaborer, de prévoir, d'apprendre. Tout juste bons à se faire massacrer en fonçant dans le tas. Ou bien, comme Jig, à se cacher et attendre dans l'ombre que ses congénères périssent. Son peuple entier n'était qu'une vaste blague [...]. Lâche et bon à rien, il ne valait pas mieux que les autres. » Il va s'enhardir et s'affirmer, vous n'en doutez pas et devenir un héros malgré lui capable de sortir ses compagnons de bien des pièges.

Affaire à suivre, c'est le début d'une trilogie.

 

Le Graal du gobelin (2004), Jim C. Hines traduit de l'anglais (américain) par Jean-François Le Ruyet, L'Atalante (Le Maedre), mai 2008, 312 pages, 16 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Samedi 5 juillet 2008

Gloria Griffin est une voyante qui a eu son heure de gloire mais qui, à la suite de la mort d’un de ses clients, s’est retirée du monde. Un jour de 2010 pourtant, Michael Granchester, un enfant étrange, vient demander son aide et elle lui prête attention. Atteint de vieillissement précoce, l’enfant est surdoué et sait se montrer convaincant. Il possède un ordinateur, M. Sait-Tout, capable de prédire l’avenir et donc les catastrophes imminentes. Convaincue par quelques prédictions réalisées, Gloria accepte d’aider Michael dans sa tentative pour éviter une troisième guerre mondiale.

Le style de Christophe Lambert est toujours aussi dynamique et sert comme il se doit ce roman qui tourne au suspense contre la montre. C’est l’argument qui m’a un peu moins convaincue, l’enjeu étant vraiment, vraiment un peu gros : « Ce sera le début officiel de la troisième guerre mondiale. En cinq jours, un tiers de la population du globe sera anéanti. Un autre tiers périra suite à des retombées radioactives. Le taux de Strontium 90 sera particulièrement élevé. Un nuage de cendres va provoquer une nouvelle ère glaciaire. Des millions de rescapés seront tués par le froid. Les ultimes survivants plongeront dans une barbarie digne des heures les plus sombres du Moyen Age. » Et pour sauver le monde ? Gloria Griffin, voyante obèse de Washington.

Bon, j’avoue quand même avoir été bluffée à la fin, car tout ça s’avère être une terrible machination et je ne l’avais pas vue venir. En plus, j’aime bien ces fins où l’on s’aperçoit qu’on s’est laissé mener par le bout du nez.

Finalement pas le meilleur Lambert mais un agréable moment de lecture.


L'avis de Michael Espinosa
 

 

 

Infaillible ?, Christophe Lambert, Bayard (Millezime), octobre 2007, 213 pages, 10,90 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Vendredi 13 juin 2008

Pour faire monter l’audimat, la chaîne de télé américaine PBS a vraiment une super idée : « une fois par mois, nous autorisons deux cents Mexicains à pénétrer sur le territoire américain – sous l’objectif [des] caméras – et la traque peut commencer. » Ça tombe bien, dégommer du Latino est le sport favori de Patrick A. Rooney, officier de police de son métier, assassin à ses heures… La fuite éperdue des deux cents candidats n’étant pas sans dangers, les quelques morts des premières éditions de America’s Most Hunted passent en pertes de jeu, ni vues ni connues. Le but : être le dernier ; le cadeau : le droit de vivre aux États-Unis, dans une superbe villa hollywoodienne. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Pour les centaines de candidats mexicains à l’immigration, la réponse est oui, sans hésiter, surtout depuis qu’a été construit un mur à la frontière entre les deux états. Les motivations des uns et des autres varient peu : sauver son père de la ruine pour Diego, venger son frère assassiné lors d’une précédente édition du jeu pour Guadalupe, tout simplement gagner pour Emiliano Gutierez, fils d’une des plus grosses fortunes du Mexique. Pour beaucoup cependant, gagner signifie sortir de la misère.

Comme on l’imagine, le rythme de ce roman est des plus dynamiques. Le lecteur suit quelques héros auxquels il s’attache facilement parce qu’ils sont sincères et émouvants. Le méchant joue bien son rôle de psychopathe et on le déteste d’emblée. Bref, c’est efficace, engagé et intelligent, ce qui n’étonne guère de la part de cet auteur qui poursuit son chemin sur la voie de l’excellence en littérature jeunesse.

Quand on est une vieille lectrice comme moi, ce texte ne manque pas de faire penser à la nouvelle de Robert Sheckley « Le prix du danger » (adaptée au cinéma en 1983 par Yves Boisset) ou au roman de Stephen King, Running Man. Mais bon, les 15/20 ans ne sont pas censés les avoir lus, et c’est toujours avec les vieilles recettes qu’on fait les meilleurs plats.

Alors avalez sans hésitation ce cocktail survitaminé et partagez l’enthousiasme de la jeune tvless.

 

Le dos au mur, Christophe Lambert, Intervista (15/20), mars 2008, 253 pages, 14,90 €

 

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Jeudi 5 juin 2008

Les premiers titres de la collection jeunesse de L’Atalante sont sortis fin mai : une réédition, une traduction de l’américain et un roman français : on dirait que l’éclectisme est au rendez-vous. Pour le nom de la collection, il va falloir vous y faire et ne pas fourcher : le Maedre, du nom d’une créature inventée par Roland Wagner et Philippe Caza dans Le chant du cosmos. De bons hospices mais un nom vraiment très peu sonnant.


Carina Rozenfeld nous propose un texte qui ne manque pas d’intérêt, même si quelques maladresses sévissent ici et là. Début du XXIIème siècle. Un jeune garçon de dix-sept ans, Maor, décide de fuir l’école où il vit depuis dix ans afin d’échapper à une cérémonie qui devrait faire de lui un gardien du silence et à terme, un prêtre olphite. Kézaco ? Eh bien c’est là tout le problème : les Olphites sont un mystère, comme l’indique le titre. Officiellement, ils sont les seuls, grâce à leur Don de Vision à pouvoir empêcher la comète de heurter la Terre et ce faisant, de l’anéantir. Mais ils ont en fait tout d’une secte basée sur des manipulations génétiques et l’eugénisme : « Depuis que les Olphites se sont isolés dans les écoles et les temples, on ne sait plus rien d’eux, sauf ce qu’ils veulent bien nous dire. Ils ont un porte-parole qui communique avec le monde et s’immisce dans les affaires politiques. Mais pas une seule information ne filtre, que ce soit aux familles des élèves ou aux scientifiques qui rêvent pourtant d’en savoir plus. » Et plus on en apprend sur eux, moins on les aime.
Maor lui-même est un Olphite mais il va devoir, dans sa fuite, trouver refuge auprès des anti Olphites, en particulier le professeur Hermann. La course poursuite s’engage car le jeune homme est traqué par des pisteurs qui ne veulent pas que le secret de leurs caves, aperçu par Maor, soit dévoilé au monde entier. De fuite en traque, nous voilà baladés de Toulouse en Espagne, jusqu’à la Death Valley qui abrite le sombre projet des Olphites.


Le roman ne manque donc pas de rythme, ni de suspense puisque les infos sur les protagonistes et les buts de chacun ne sont données que très progressivement. Les informations « historiques » concernant les Olphites étant disposées en exergue de chaque chapitre, elles ne viennent pas alourdir l’action. Elles se présentent comme des archives et renseignent efficacement, sans plomber le récit.


Deux ou trois aspects m’ont cependant un peu chagrinée. D’abord, je n’ai pas compris comment le professeur Hermann qui a élaboré en 1872 la théorie dite de la lithospermie (eh, oui…) peut être encore vivant début 2100 ; ou alors ce n’est pas le même et je n’ai rien compris. Ensuite, une jeune femme qui parle avec une comète, c’est trop pour moi : je veux bien imaginer beaucoup de choses (bon principe de départ pour lire de la SF…), mais là vraiment, la télépathie avec un astéroïde, je n’y arrive pas… Alors du coup, la fin du texte ne me convainc vraiment pas du tout : une héroïne qui sauve le monde d’accord, mais pas en persuadant une comète de dévier sa trajectoire ! Et je ne dis rien (ben si en fait) de l’avènement des surfeurs de comètes… Je trouve ça un peu difficile à avaler. Je n’aime pas non plus la toute fin du roman sur laquelle on pourrait coller violons et coucher de soleil : « Finalement, il ferma les yeux. Son esprit se perdit dans l’immensité noire du cosmos. Il alla glisser sur Swift-Tuttle, puis il se percha sur une autre comète, bien plus lointaine, qui l’entraîna aux confins de la galaxie, où il resta, à admirer l’univers en pensant à son bonheur sur Terre. »


Au final rien de très grave, rien qui ne puisse vraiment entraver une lecture et la découverte d’un nouvel auteur et d’une nouvelle collection. Carina Rozenfeld mène très bien son action et son style est très agréable. Cela laisse augurer au mieux de la suite.

 

Carina Rozenfeld sera au festival de l’Imaginaire de Vendôme le dimanche 29 juin 2008 : formidable !

 

Le mystère olphite, Carina Rozenfeld, L’Atalante (Le Maedre), mai 2008, 286 pages, 14 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Jeudi 22 mai 2008

Jové vient d’arriver sur la planète Maya, chez Trree qui serait son grand-oncle d’origine indienne. Le jeune homme est employé par AgroCorp, comme quasi toute la population de la planète, qui fait pousser du maïs transgénique. Trree, « un marginal exilé de Terre depuis plus de cinquante ans », est quant à lui, tourné vers la nature et à l’écoute de celle de Maya. Il a donc compris qu’une des créatures extraterrestres présentes sur son sol est douée d’intelligence : les Suris, que les imbéciles d’AgroCorp prennent pour de vulgaires serpents, sont « une espèce émergente. Ils ont un début de langage, ils font des peintures de sable, ils connaissent le feu, ils ont même un ensemble de rituels religieux fondés sur le culte solaire. » Grâce au vieux Trree, Jové va peu à peu prendre conscience de l’intelligence des Suris et le moment venu, il tentera de les sauver des manipulations mortelles des ingénieurs inconscients.

On retrouve dans ce roman le schéma classique du jeune qui débarque avec ses idées sur tout et prend les conseils du vieux sage pour de vains radotages. Résultat : le vieux a raison et le jeune homme va devoir se démener pour sauver la planète. Avec une petite histoire d’amour très chaste, quelques descriptions dont on se demande ce qu’elles font dans un cinquième roman (« cette chevelure magnifique roulait sur ses bras nus et auréolait de lumière un visage qui rayonnait de grâce et d’intelligence », « La lumière dorée ruissela sur elle, inondant sa couronne de cheveux. Toutes ses mèches s’illuminèrent de multiples reflets, au point qu’elles se mirent à rayonner ») et une intrigue qui peine à démarrer : ce premier roman de la collection Soon ne fait pas partie de ce que j’ai lu de meilleur. L’intrigue prend vraiment forme au-delà de la centième page, quand Jové découvre que le maïs d’AgroCorp est mortel pour les créatures autochtones. Il me semble par ailleurs que certains fils narratifs esquissés ne sont pas tissés, comme la mort de la mère de Jové, décédée alors qu’elle travaillait dans les labos d’AgroCorp (et alors ?).

Les intentions de l’auteur sont claires : sensibiliser les jeunes lecteurs au problème de l’alimentation génétiquement modifiée, tout en soulignant le droit à la différence et le respect d’autrui. Le tout dans une préoccupation écologique évidente. Elle privilégie une approche plus poétique qui donne à son texte une certaine lenteur, voire une lenteur certaine, qui confine au sur place. Les jeunes gens sont des personnages assez classiques, seul le vieux Trree acquiert au fil des pages une originalité due à son attachement à la culture indienne.

J’ai donc été déçue mais je garde toujours présent à l’esprit dans ces cas-là que je n’ai pas l’âge requis pour ce genre de lectures et vous invite donc à consulter l’avis d’une lectrice de quinze ans ainsi que celui de Michael Espinosa qui n'a certes plus quinze ans mais que cette lecture a plus enthousiasmé que moi.

 

Apocalypse Maya, Frédérique Lorient, Syros (Soon n°1), mai 2008, 249 pages, 14,50 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Vendredi 9 mai 2008
 

Stephanie vient d'hériter de son oncle écrivain de best sellers quasiment tous ses biens, ses droits d'auteur et un ami particulièrement original, Skully Fourbery. Détective de son état, il a la particularité d'être mort depuis longtemps et de se cacher sous un grand chapeau et une écharpe. C'est que Skully Foubery est un squelette, sympa, mais un squelette tout de même et dans la rue, ça fait désordre. Comme Stephanie s'ennuie dans la vie, elle décide de s'imposer et de l'obliger à faire équipe ensemble, ça va la changer du train-train quotidien, c'est certain... Tous deux, ils vont chercher une clé qui devrait leur permettre de récupérer un sceptre mythique pour mettre fin aux manigances du sorcier Serpine qui ne souhaite qu'une chose : plonger le monde dans les ténèbres.

Voici la genèse du problème : les Anciens « furent les premiers sorciers, les premiers à manier le pouvoir des éléments, les premiers à utiliser la magie. Ils vivaient à l'écart du monde des mortels, ils ne s'y intéressaient pas. Ils avaient leurs propres habitudes, leurs propres coutumes et leurs propres dieux. Finalement, ils décrétèrent qu'ils voulaient être maîtres de leur destinée également et ils se dressèrent contre leurs dieux, des êtres assez déplaisants appelés les Sans-Visage ; ils les affrontèrent sur terre, dans les cieux et dans les océans. Etant immortels, les Sans-Visage remportèrent toutes les batailles, jusqu'à ce que les Anciens construisent une arme assez puissante pour les repousser : le Sceptre [...] alimenté par le désir des Anciens d'être libres. »

Oui mais voilà, le sceptre s'est perdu et Serpine veut remettre la main dessus pour faire revenir les Sans-Visage. Et pour commencer, il fait assassiner Gordon Edgley, l'oncle de Stephanie, dont on devine peu à peu qu'il n'était vraiment pas un écrivain comme les autres.

Après Eoin Colfer et son jeune héros original, voici Derek Landy, autre écrivain irlandais pour la jeunesse qui dépoussière le fantastique pour adolescents. Son Skully Fourbery emporte immédiatement l'adhésion et comme le récit ne perd pas de temps, on entre dans l'action dès la première ligne qui donne le ton : « La mort brutale de Gordon Edgley fut un choc pour tout le monde, surtout pour lui. » C'est donc souvent drôle et rempli de situations loufoques (cet inimitable squelette se déplace en Bentley jaune canari). J'ai pourtant craint le pire au début en raison d'un portrait vraiment trop appuyé du méchant oncle et de la vilaine tante de Stephanie, mais l'humour l'emporte finalement, même s'il n'est pas toujours d'une grande finesse. Un petit souci cependant du côté de l'âge de l'héroïne qui semble osciller entre les quinze seize ans jusqu'à la page 193 où on apprend qu'elle en a douze !

Mais l'important est qu'on ne s'ennuie pas et que l'on rit même volontiers d'un humour certes irlandais, mais à des lieues des landes et autres châteaux hantés qui ont fait les riches heures de la littérature fantastique de ce beau pays. Car sachez que le jeune Derek Landy est aussi scénariste de films d'horreur : il connaît son métier.

 

L'avis d'une ado branchée squelette !

 

Skully Fourbery (2007), Derek Landy traduit de l'anglais par Jean Esch, Gallimard Jeunesse, mars 2008, 293 pages, 16 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Mardi 29 avril 2008

La collection dirigée par Xavier Mauméjean pour les éditions Mango sort sa deuxième salve de titres avec deux romans dont ce premier roman pour la jeunesse de Laurent Queyssi.  On se souvient que cette collection est « dédiée à la fantasy, aux mythes et légendes qui nourrissent l’imaginaire mondial » ; mais ici, pas de civilisation ancienne clairement identifiée, mais une ambiance qui rappelle l’Asie des grandes plaines au temps des Huns et autres tribus belliqueuses.

Mikac vit avec son frère Goran et sa mère loin de tout. Très jeunes, leur mère a décidé de les éloigner de leur père, Marden. Mais à quatorze ans, celui-ci va s’imposer en faisant tuer Goran et amener Mikac à sa cour. Celui-ci est un Karobni comme son père : il peut tuer avec sa seule voix. Au château de Marden, seigneur d’Umag, il va donc apprendre à maîtriser son don pour servir son père et être digne de le remplacer le moment venu. Mais le jeune homme pense toujours à son frère assassiné et rêve de le venger.

Une des dernières phrases du roman exprime les sentiments de Mikac : « le chagrin et la haine sont des vecteurs parfaits pour le mal. Aveuglé par mon but ultime, je les ai laissés me diriger… » Je n’ai pour ma part pas ressenti que Mikac était habité par le chagrin et la haine. Il pense à son frère certes, mais la haine envers son père n’est pas sensible alors que c’est un sentiment intense. Le jeune homme s’entraîne aux côtés de son père et il tue des hommes grâce à son pouvoir sans paraître s’en émouvoir plus que ça. Pourtant Mikac est le narrateur et l’auteur aurait pu nous faire pénétrer au cœur de ses pensées… Ce n’est pas que Laurent Queyssi écrive mal, au contraire même, il écrit presque trop correctement. Comment imaginer par exemple que quand deux adolescents dialoguent l’un peut s’exprimer en disant : « Qu’as-tu fait ce matin au village ? ». Entre cette interrogation figée et un « kess t’as foutu ? », il devrait être possible de trouver la bonne tonalité.

Je suis donc restée en marge de cette histoire, peu émue par le sort de Mikac qui pourtant n’est pas gâté par le destin. Laurent Queyssi peine à nous faire partager les émotions de son héros, alors que l’enjeu est important. Je n’ai qu’à penser à l’éducation de Fitz, héros de Robin Hobb qui doit lui aussi apprendre à maîtriser son don ambivalent, pour trouver cet opus plutôt faible.


L’héritier du chaos, Laurent Queyssi, Mango (Royaumes Perdus n°06), avril 2008, 194 pages, 9 €

 

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Arthur est un garçon pas comme les autres. D'abord, il a une drôle de dégaine : bonnet-casque à antennes, long gilet de tricot en grosse corde, combinaison en toile à sac, les pieds emmaillotés de chiffons et de ficelle. En plus de ça, il vit sous terre avec son Bon-papa. On le cueille lors de l'une de ses sorties dans les rues de Pont-aux-Rats pour récupérer à manger. Mais seulement dans les grands lopins bien garnis : il ne s'agit pas de voler les pauvres…
Arthur surprend alors une chasse au fromage, totalement interdite. Poursuivi par l'infâme Grapnard, il parvient à se réfugier chez sir Willbury Chipott, ancien avocat, mais pas à garder ses ailes sur lesquelles le Baron du Fromage a fait main basse.
Willbury Chipott, ses bricoliaux et son choutrogne tentent d'aider Arthur à retourner en bas, chez Bon-papa, mais ils constatent que toutes les issues ont été bouchées : bizarre… Encore plus bizarre : quand ils vont demander de l'aide à Mélanie l'inventeuse, ils apprennent qu'elle s'est fait voler sa dernière invention révolutionnaire (une redimensionneuse mais ne le dites à personne car on ne l'apprend que plus tard). Tout ça sent vraiment le fromage, vraiment…
Même si vous n'avez plus dix ans depuis quelques temps déjà, il est bien possible que vous preniez du plaisir à lire les aventures d'Arthur. La ville créée par Alan Snow est vraiment très originale et inventive, de même que ses personnages hors du commun comme les bricoliaux ou les vaches aquatiques. Et tout ce beau monde est menacé par les plans machiavéliques de l'affreux Grapnard, jadis patron du Castel Fromager, revenu avec ses troupes pour se venger sur les habitants d'avoir tout perdu lorsque les fromages ont été jugés impropres à la consommation à cause de la pollution.
Tout ça ne manque en plus ni d'humour ni de dynamisme. Mais la cerise sur le gâteau, ce sont les illustrations de l'auteur lui-même qui rendent encore plus attachants tous ces personnages hauts en couleur. Le style me fait penser à Pef. Malheureusement, il n'y a pas d'illustrations disponibles sur le web et il va falloir que vous me croyiez sur parole : les dessins sont vraiment très drôles, dans le style naïf et hurluberlu, crayonnés en noir et blanc. Il y en a au moins un par page, c'est dire leur importance.
J'ai retrouvé ici le style inventif et poétique de Tobie Lolness sur le mode plus citadin d'un Oliver Twist. Très réjouissant (mais peut-être un peu cher…).


Les Chroniques de Pont-aux-Rats - 1 : au bonheur des monstres (2005), Alan Snow traduit de l'anglais par Rose-Marie Vassallo, Nathan, mars 2008, 544 pages, 19,50 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

C'est avec plaisir que l'on retrouve les romans que Chris Wooding écrit pour la jeunesse. Parmi les multiples publications en fantasy, il sait encore trouver un chemin original en terre de Faërie. Nous avons au départ la jeune Poison qui vit dans les Marais Noirs. Un peu rebelle bien sûr, pas bien en phase avec les gens, elle se querelle avec sa belle-mère et écoute de temps en temps les histoires que lui raconte le vieil Escadre, qui a vu bien des choses… Mais voilà qu'un jour sa petite sœur est enlevée par un ignoble épouvantail qui laisse à sa place un changelin, dont la famille doit s'occuper si elle veut pouvoir espérer le retour de l'enfant. Pour Poison c'est le signal du départ : elle quitte son village de Goéland pour aller chercher Azalée en terre de Faërie, car ses peuples de magiciens ont toujours fait du tort aux humains et il est temps que cela cesse. Poison va bien sûr rencontrer des amis et éviter des embûches durant sa quête. Elle va aussi grandir et apprendre à discerner, peut-être, ce qu'est la réalité et où commence la fiction. Elle va trouver sa place dans le monde faërique, celle des humains.
Malgré tout ce qui semble conventionnel, Chris Wooding fait oeuvre originale car rien n'est simple et résolu dans ce livre. Il y a un chat bizarre qui le reste jusqu'au bout, un attrape-paluspectre aux motivations obscures et finalement, une quête inassouvie. L'héroïne n'est pas aussi hystérique que certaines, elle est têtue et ne comprend pas tout du premier coup. Enfin le monde de Faërie n'est pas un enchantement de contes de fée : il faut se méfier des belles princesses et considérer à deux fois notre premier avis sur les trolls. Et il faut découvrir ce nouveau monde sans modération.

 

Les disparus du royaume de Faërie (2003), Chris Wooding traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc, Gallimard (Folio Junior n°1359), mars 2005, 386 pages, 6,60 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Bonne question : qui veut tuer la charmante Alaizabel ? Thaniel Fox, dix-sept ans, chasseur d'Ymages de profession, l'a un jour trouvée et ramenée chez lui et depuis, rien ne va plus : Alaizabel est parfois habitée par une puissance néfaste et attire à elle les Ymages les plus dangereuses. Tous les monstres que compte ce Londres imaginaire du XIXème siècle semblent en effet aux trousses de la jeune fille qui ne se souvient pas de son passé. Avec l'aide de Thaniel, elle va comprendre qui elle est et se découvrir le centre d'une vaste société secrète, la Confrérie, qui l'utilise pour arriver à leurs fins, qui passent par la destruction et l'anéantissement de milliers d'êtres humains, du monde entier peut-être… Pendant ce temps, le Recousu assassine des femmes dans les quartiers malfamés de Londres…
On entre très facilement dans cette atmosphère brouillasseuse et malsaine à souhait. Chris Wooding sait inventer des créatures méchantes, gluantes et malodorantes qui sont immédiatement antipathiques mais marquent cependant des points face aux héros. Il y a bien des morts et des gros mots dans ce texte, qui ne manque ni de verve, ni d'action, ni de combats à mort entre les jeunes et gentils chasseurs d'Ymages et les Forces du Mal qui grouillent et se multiplient. Un roman de fantaisie dynamique et imaginatif, pour lecteurs, à partir de 13 ans, qui n'aiment pas s'ennuyer en lisant.

 

Qui veut tuer Alaizabel Cray ? (2001), Chris Wooding, traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc, Gallimard (Folio Junior n°1286), 2003, 389 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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