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Jeudi 21 août 2008

Après Fantômas, Frankenstein ou bien encore James Bond, la collection « Bibliothèque rouge » des Moutons Électriques nous revient avec une biographie de Dracula. Le principe reste inchangé : retracer la vie d’un personnage de fiction au travers de tous les textes qui lui ont été consacrés. On s’attend donc à trouver les grands classiques du genre comme Carmilla, Dracula et autres créatures irlandaises. L’intérêt bien sûr, est d’en découvrir d’autres qui donnent envie de se plonger dans des textes méconnus sous nos tropiques, parfois parce qu’ils ne sont pas traduits. André-François Ruaud fait grand cas de Barbara Hambly (qui s’en étonnera ?) et des Confessions de Dracula de Fred Saberhagen. Pas de doute, on va aller y faire un tour. Moins convaincue par contre quand il nous emmène sur les traces de la marquise de Brinvilliers et de La Voisin, célèbres empoisonneuses qui n’ont cependant que peu à voir avec les non-morts. On découvre avec bonheur par contre, quelques scientifiques certainement un peu fous, tel Johann Joseph von Görres (1776-1848) qui expliqua scientifiquement le phénomène vampirique. Je regrette pour ma part l’absence d’une bibliographie qui reprendrait l’ensemble des textes de fiction cités.

Cependant voici le vrai problème (je vais être cruelle mais tant pis) : ce livre se compose de deux principaux chapitres, le premier fort de 184 pages. Je l’ai lu scrupuleusement car les fictions vampiriques m’intéressent depuis longtemps, et j’ai compté, crayon en main, quatre-vingt une fautes d’orthographe, ou plus exactement de grammaire car il semblerait que le correcteur orthographique ait fait son boulot. C’est tout simplement catastrophique et ce n’est rien de dire que cela gêne la lecture. Alors que le livre lui-même est un très bel objet, qu’il est richement illustré et que les connaissances des auteurs sont à l’abri de tout soupçon, cette grammaire plus qu’aléatoire plombe leur travail au point de vous en déconseiller la lecture, si ce n’est l’achat car son prix est assez élevé. Pour moi, c’est absolument insupportable, à la limite de l’indécent. J’ai tout simplement l’impression que le manuscrit n’a pas été relu une seule fois, sinon, comment justifier : «  …favorisé par le caractéristiques physiques des morts-vivants », « Mina et Seward prennent le métro vers Fenchurch Street puis se dirige vers l’asile », « est-ce que Van Helsing ria aux funérailles de son fils ? » ? Que dire de la méconnaissance totale des règles d’accord du participe passé, savonnette de la grammaire française il est vrai, mais un éditeur doit faire son travail jusqu’au bout…

Tout le monde fait des fautes, moi la première, mais au-delà d’un certain nombre, il y a non respect du lecteur.

Inutile de préciser que je n’ai pas lu le chapitre deux qui reprend chronologiquement les données historiques du chapitre un.

Non vraiment, Dracula mérite mieux.

 

Les nombreuses vies de Dracula, André-François Ruaud et Isabelle Ballester, Les Moutons Electriques (Bibliothèque rouge n°8), mai 2008, 254 pages, 23 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 17 août 2008

Quelle agréable surprise que ce roman ! En fait, j'avais envie de lire Le mystère du lac depuis longtemps, et puis voilà, le temps passe, les livres s'accumulent... et je reçois celui-ci, je ne lis pas la 4ème de couverture et je m'y plonge.

Nous voilà dans le Nouveau Monde en 1699. Un juge, Isaac Woodward et son clerc, le jeune Matthew Corbett, tentent d'arriver sains et saufs à Fount Royal, une ville récemment émergée des terres ingrates et marécageuses du nord de la Floride. Ils échappent de justesse des mains assassines d'un aubergiste peu recommandable pour atteindre cette ville qui se meurt peu à peu du fait du départ de ses habitants, ceux-là même qui depuis cinq ans s'échinent à la construire. Pourquoi fuient-ils ? Parce que Fount Royal est depuis quelques mois la proie du Diable, ou plus exactement de sa représentante, Rachel Howarth, accusée de double meurtre et de sorcellerie. Emprisonnée depuis des mois, elle attend son procès, avec certainement moins de hâte que les habitants. Bidwell, le fondateur et maire de la ville, accueille plein d'espoir le magistrat, estimant que le procès prendra au plus deux jours et qu'il verra enfin brûler la sorcière, cause de la pluie, des incendies, du départ des habitants et de toutes les calamités du moment. Mais le juge Woodward n'est pas un chasseur de sorcières : il souhaite juger en connaissance de cause et entendre les témoins. Un point de vue partagé par son jeune clerc qui ne tarde pas à être persuadé de l'innocence de Rachel Howarth. Pourtant, témoignages et preuves l'accablent....

Robert McCammon parvient à éviter tous les poncifs de ce genre de roman, tout en employant cependant les thèmes propres à la chasse aux sorcières. Tout simplement, les caractères ne sont pas exacerbés et les personnages conservent tous assez d'ambiguïté pour ne pas tomber dans le déjà-vu. Le couple formé par le juge et son clerc fonctionne parfaitement, relations professionnelles teintées de part et d'autres d'un besoin affectif refoulé. Le jeune Matthew, qui fait figure de héros même si plusieurs personnages ont des rôles importants, est rapidement très sympathique, conscient de ses faiblesses mais porteur d'idéaux lumineux dans un monde où l'ignorance devient obscurantisme à force de travail, d'alcool et de religion. Il s'inscrit dans la droite ligne du jeune Adso de Melk, assistant de Guillaume de Baskerville dans Le Nom de la rose.

J'ai aussi particulièrement aimé la façon dont l'auteur installe l'ambiance méphitique de cette ville en devenir, hier encore pleine de l'espoir des émigrants du monde entier et désormais en proie à un mal qu'ils imaginent diabolique, faute de meilleure explication. L'abondance de détails concernant la vie quotidienne de ces colons (alimentation, médecine, justice, religion...) dessine un portrait vraiment vivant et captivant de cette communauté et le lecteur n'a aucun mal à imaginer ces scènes très visuelles, comme s'il y assistait, comme s'il regardait un film (du genre de Sleepy Hollow).

Alors rester scotché à un livre dans lequel, finalement, il ne se passe pas grand chose (pas de rebondissements ou de grands coups de théâtre), moi je dis bravo. D'autant plus que l'auteur a choisi de limiter ce cycle à deux volumes. La suite sort le mois prochain.


L'avis d' Hervé Thiellement, de Lhisbei et celui de Spooky ainsi que la bande annonce du livre :

 


Le chant de l'oiseau de nuit / 1 : le procès de la sorcière (2002) de Robert McCammon traduit de l'anglais (américain) par Benoît Domis, Bragelonne (L'Ombre), avril 2008, 442 pages, 22 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mercredi 13 août 2008

C'est en me promenant sur les blogs littéraires que j'ai déniché ce roman. Karine était si enthousiaste que je me suis dit qu'il fallait que j'essaie. Pensez donc, un bouquin de SF dont je n'avais jamais entendu parler, romantique, capable d'arracher des larmes aux lecteurs (aux lectrices en fait...)... La déception n'en fut que plus grande, mais partagée par d'autres, comme Fashion (ouf, je n'ai pas un coeur de pierre !).

Commençons par un petit résumé. Henry souffre d'une maladie génétique rare, la chronodéficience. Résultat, il voyage dans le temps, bien contre son gré et sans guère de logique. Il peut même lui arriver de se rencontrer, à des âges différents bien sûr. A l'âge de trente ans et des poussières, il rencontre Claire qu'il va épouser quand elle aura vingt ans. Mais il fait sa connaissance quand elle a six ans, lui rend visite de temps en temps alors qu'il a lui-même vingt ans, trente ans...etc. Et c'est tout, rigoureusement tout. Alors sur 521 pages, ça fait un peu long... Tant qu'elle n'est pas majeure, il lui dit d'attendre, après ils se marient, puis essaient d'avoir un enfant (c'est compliqué à cause de la maladie d'Henry), il apparaît, disparaît, réapparaît (toujours à poil, il faut s'organiser pour les vêtements) et voilà. Elle attend, elle est patiente, elle l'aime, elle attend. Une Pénélope de plus. Moi ça m'ennuie, je n'ai pas pleuré une seconde, même pas frémi, juste soupiré de nombreuses fois. En plus, la construction est ennuyeuse au possible (le point de vue de Claire, celui d'Henry à des âges différents, au bout d'un moment j'étais larguée, mais inattentive il est vrai), et certaines scènes se répètent plusieurs fois sans que cela apporte quelque chose à l'intrigue. L'intrigue ? Eh bien je serais bien en peine de la définir, à part l'attente d'une brave épouse (le titre original est The Time Traveler's Wife) qui passe son temps à espérer un type qui lui a la chance de brûler sa vie par plusieurs bouts. Parce que dans ses autres vies, il est buveur, baiseur et joueur (mais ça n'est pas raconté, juste suggéré, alors que ça aurait pu être intéressant).

Si je suis allée jusqu'au bout de ce pavé insipide, c'est que je n'avais, pendant deux jours rigoureusement rien d'autre à me mettre sous les yeux et beaucoup de temps pour lire. Mais vous aurez compris que je ne vous le conseille pas.

Ceci étant dit, Karine (à qui je conserve toute ma confiance !) n'a pas été la seule à apprécier ce livre et je le crois susceptible d'émouvoir quelques lectrices romantiques.  


Le temps n'est rien (2003), Audrey Niffeneger traduite de l'anglais (américain) par Nathalie Besse et Jean-Pascal Bernard, J'ai Lu, avril 2006, 521 pages, 8,90 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 10 août 2008

Commençons par dire que j'avais quelques a priori avant d'entamer la lecture de ce livre. Non pas à l'encontre de l'auteur puisque c'est son premier roman, mais plutôt envers l'éditeur... et allez, je commence par ce dernier, le pire sera dit, ne restera que le livre...

Nous assistons dans ce livre à un festival de fautes typographiques : ponctuation absente ou fantaisiste, majuscules aléatoires et surtout, surtout, espaces manquants entre les mots. Bien entendu, cela n'infère pas sur la compréhension du texte, mais reflète le soin que l'éditeur apporte à ses publications. En plus, c'est agaçant. Quelques fautes d'orthographe et de grammaire ça et là dont la plus savoureuse est certainement celle-ci : « En même temps, au moindre silence, leurs yeux se cherchaient et leurs bouchent se souriaient. »

Ceci mis à part, si possible, ce premier roman de Joseph Ladik qui, nous dit la quatrième de couverture, est juge d'instruction de métier, n'est pas désagréable à lire. L'action se déroule dans la France de demain, que vous reconnaîtrez sans peine à ces quelques lignes : « Pour faire face à la menace terroriste et combattre la fraude à l'identité, l'État a créé un programme baptisé « Gorgone ». Tout individu ayant atteint l'âge de douze ans doit se faire implanter une puce électronique d'identification dite « capsule ». Partout, grâce aux capsules, des capteurs tracent et analysent les déplacements de la population pour garantir la sécurité de la collectivité. Tout individu dépourvu de capsule passé l'âge légal est déclaré clandestin. » : on s'y croirait... Dans cette société hyper fliquée, les jeux sont interdits et des traqueurs, agents spéciaux, luttent contre les clandestins et les jeux illégaux.

C'est dans cette chaude ambiance qu'Anne Ripley, directeur des ressources humaines de la Compagnie (« consortium qui fournit à l'État l'ensemble des services de sécurité et de maintien de l'État de droit »), trouve un carnet qui l'invite à jouer à un jeu pour le moins morbide. Elle a dix jours pour résoudre une énigme liée à la mort d'un proche, sans quoi elle devra assassiner quelqu'un, écrire son histoire dans un carnet et le transmettre au joueur suivant. Car Anne Ripley, comme Helia Pyterg avant elle, fait partie d'une chaîne de dix joueurs qui ne doivent pas communiquer entre eux ni bien sûr avertir la police, les proches de chaque joueur étant en danger de mort. Anne croit d'abord à une farce, mais quand le fils de son ami décède, elle doit se rendre à l'évidence : ce jeu est impitoyable. Elle va bientôt entrer en contact avec des traqueurs chargés de la surveiller, eux-mêmes ne se sachant pas l'objet d'une surveillance commanditée en hauts lieux.

Suspense, suspense, tel est donc le mot d'ordre de cette intrigue bien ficelée qui tient ses promesses. Action, filatures, amour, réflexion sur l'État, sur le couple... on y trouve tous les ingrédients efficaces d'un thriller à la française. C'est agréable à lire, même si ça ne fera certainement pas date dans l'histoire de la littérature, ou même de la science-fiction. Je ne peux en effet pas me départir d'une impression de déjà-vu chez les personnages, qui, sans être caricaturaux, sont assez attendus. L'auteur fait ce qu'il peut pour nous rendre sympathique la bande de traqueurs dans l'intimité de laquelle il nous fait pénétrer, mais bon, ils restent des agents à la solde d'un gouvernement limite fasciste. Il y a beau y avoir une bombe sexuelle et un bon gros père qui fait de la trottinette et mange des sandwichs aux rillettes, ce sont des chiens de garde.

L'écriture assez nerveuse de Joseph Ladik rend bien compte des tensions sociales, politiques et individuelles qu'une telle société engendre. Efficace encore une fois, même si, là encore, les relecteurs de chez First Editions (mais existent-ils ?) auraient pu faire marcher leur neurone (oui, il n'y en a qu'un à disposition...). Allez, encore un petit exemple : « Il regarda en direction de la rue. Les pavillons étaient illuminés d'une lumière orangée. Le ciel se couchait. » J'aimerais être toujours là en 2045 pour assister à un coucher de ciel !



Ce livre m'a été envoyé par First Editions dans le cadre de l'opération "Masse critique" de Babelio : qu'ils en soient tous deux remerciés.

 

 


L'avis enthousisate de Dda (sur Biblioblog)

 

Le maître des noms

Joseph Ladik

First Editions (First Thriller), mai 2008

ISBN : 978-2-7540-0690-3 – 442 pages – 19,90 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Jeudi 3 juillet 2008

La cité sanglante c’est Los Angeles, aussi appelée Crimson City. La société y est séparée en trois strates : les vampires au sommet des buildings, les hommes sur le plancher des vaches et les loups-garous dans les sous-sols. Tout ce monde-là a signé une trêve et cohabite tant bien que mal, plutôt bien jusqu’au jour ou un mech, sorte de robot mi homme, mi machine, tue les deux plus importants dirigeants vampires. Leur demi-sœur, Fleur Dumont, jusque là écartée du pouvoir pour inconséquence, prend la tête du gouvernement. Avec l’aide de Dain Reston, officier supérieur du renseignement, section Champ de Bataille, elle va chercher à savoir qui a commandité l’attentat. Mais voilà, la belle Fleur est ardente, très ardente, et le beau Dain, malgré une épouse jadis tuée par les vampires, est plus que sensible aux charmes vampiriques. Ce qui nous vaut, chères lectrices, quelques scènes assez chaudes et ma foi plutôt bien réussies (j’en ai lu de bien plus ridicules). Car ne nous voilons pas la face, ce roman fait partie de la collection « J’ai Lu pour Elle » et s’adresse donc aux lectrices fleurs bleues qu’un brin de fantastique ne rebutent pas. C’est d’ailleurs une réédition d’un titre paru dans la collection « Amour et mystère » : tout un programme.

Qu’allais-je donc faire dans cette galère me direz-vous ? Eh bien, essayer tout simplement et voir de quoi il s’agit. Alors voilà, c’est neu neu tout plein, rempli de poncifs sur les belles vampires avides de sexe et de reconnaissance, les femmes fortes et pas aussi bêtes qu’elles en ont l’air, des hommes faillibles, amoureux et amants comme pas deux. C’est long aussi, très long, avec des dialogues vraiment tip top si on a envie de se marrer un bon coup. Cette série écrite par des auteurs différents à chaque tome, mais toujours des femmes, est ainsi argumentée sur le site dédié : « Crimson City is a paranormal action romance series matching fabulous kick-ass heroines with the sexiest, toughest heroes from the five sentient species on Earth. It's passionate, intense, action-packed, apocalyptic, totally out-of-the-box, and yet still, at heart, deeply - and darkly - romantic. » Waouh ! C'est la version frisson d'Arlequin et ça ne vaut même pas le papier sur lequel c'est imprimé. Pauvres arbres !

La cité sanglante / 1 : les ombres de la nuit, Liz Maverick traduite de l'anglais (américain) par Catherine Frémov, J'ai Lu (J'ai Lu pour Elle), janvier 2008, 313 pages, 6,70 € 

 

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Jeudi 19 juin 2008

Jamère vient de quitter son père et sa maison. Il part vers Guetis, toujours décidé à s'enrôler car second fils il est, second fils il demeure et malgré le reniement paternel, il entrera dans l'armée. Il s'arrête pourtant chez Amzil, veuve de forçat et mère de trois enfants dans un hameau misérable. En dépit de l'attitude glaciale de la jeune femme, il travaille pour elle, lui retape sa masure, lui apprend à chasser. Il sauve la vie de Buel Faille, un éclaireur, qui lui en apprend un peu plus sur la magie ocelionne et ses pouvoirs (qui ne sont pas sans rappeler l'Art): « cette magie pénètre en vous comme un lierre qui introduit ses racines dans le tronc d'un arbre ; elle vous grimpe dessus, elle vous vole votre lumière et s'alimente de vous. Elle se sert de vous et à chaque fois que vous l'employez, vous lui donner un peu de vous-même. » Pourtant, arrivé à Guetis, Jamère ne pourra rien contre la terreur qui étreint les hommes s'aventurant au bout de la route du roi. Impossible de progresser, la peur règne, irrationnelle et irrépressible. C'est d'ailleurs le régiment entier de Guetis qui est accablé par une torpeur apathique.

Jamère parvient à s'enrôler en dépit de son embonpoint et se voit confier le poste de gardien du cimetière ; il va devoir lutter contre les Ocellions qui parfois emmènent les cadavres jusque dans la forêt. Sans l'aide de Buel Faille qui l'enjoint de lutter et l'amitié de Spic qu'il retrouve en garnison, le malheureux obèse sombrerait lui aussi dans une léthargie morbide.

 

On avance guère dans ce quatrième tome et pourtant, on suit encore une fois les pas de Jamère avec plaisir. Toujours engoncé dans un corps disproportionné, il souffre d'exclusion et d'incompréhension, mais aussi de ne pas savoir qui il est et ce qu'il est devenu. Il expérimente timidement les capacités que la magie ocellionne lui octroie mais est encore loin de les maîtriser ou même de les comprendre.

Si Jamère suit une route, celle du roi, c'est pourtant plus à un voyage intérieur que nous invite cet opus, tout en lenteur et contemplation. Grâce à Buel Faille, Jamère commence (enfin !) à s'interroger sur sa place dans la société et sur l'importance des choix paternels dans sa vie. De l'action il n'y a guère et pourtant, c'est sans difficultés ni temps morts que les pages succèdent aux pages. Je suis sous le charme depuis le tome 3, et j'aime ça !

 

Pour en savoir plus sur ce tome

 

Le Soldat chamane / 4 : la magie de la peur de Robin Hobb traduite de l'anglais (américain) par Arnaud Mousnier-Lompré, Pygmalion, avril 2008, 314 pages, 21,50 €

 

 

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Jeudi 29 mai 2008

Après avoir mis ses pas dans ceux de Sherlock Holmes, Andrew Singleton s'apprête à suivre les traces de Gérard de Nerval. Après le spiritisme du Fantôme de Baker Street, c'est le surréalisme et les arcanes du rêve en général qui servent de cadre à la nouvelle enquête du plus british des Canadiens. Profitant d'une période creuse, le jeune détective traverse la Manche pour tenter de résoudre ce qui est pour lui un mystère : ma mort du Desdichado, retrouvé pendu rue de la Vieille Lanterne à Paris en janvier 1855, c'est-à-dire plus de soixante-dix ans auparavant.

Mais voilà qu'il rencontre une très étrange jeune fille sur le bateau avec laquelle il partage un rêve aussi merveilleux qu'énigmatique. Arrivé à Paris, il rencontre une vieille connaissance, le commissaire Fourrier, qui lui soumet l'affaire qui le préoccupe : deux hommes ont été découverts morts de peur à très court intervalle. Tous deux s'intéressaient de près au sommeil et aux incidences du rêve dans la vie psychique. Bientôt rejoint par son ami James Trelawney, Singleton s'associe à un jeune journaliste français, Jacques Lacroix qui ne tarde pas à l'introduire dans les cercles littéraires parisiens alors à la mode : ceux des surréalistes. Pour un littéraire comme Singleton, quelle chance de côtoyer André Breton en personne, et même de lui sauver la vie !

Même si cette seconde aventure peut se lire indépendamment, on retrouve la même ambiance très littéraire que dans le premier volet de cette série policière et fantastique de Fabrice Bourland. Je préfère celle se déroulant à Londres, mais celle-ci ne manque pas de charme non plus. L'auteur s'amuse à reconstituer les cercles surréalistes des années 30, leurs réunions, leurs convictions littéraires si novatrices. C'est encore cette ambiance littéraire très travaillée qui fait le réel intérêt de ce second opus car l'enquête elle-même n'est pas complètement convaincante à mes yeux. Très très classique, avec ses courses poursuites, ses inspecteurs bien intentionnés mais lourdauds, ses subjonctifs imparfaits si scrupuleusement accordés aux passés simples... c'est suranné jusque dans le style.

Et puis, je trouve tout de même étrange qu'un Américain et un Canadien soient si parfaitement à l'aise avec la langue française qu'il ne soit jamais fait allusion à aucun problème de langue. Aussi surprenant que dans le « fatras de ses lectures », Singleton se souvienne d'un passage de Lucrèce dans De Nature Rerum qui va quasi lui donner la clé du mystère : quelle mémoire et quelle culture !

Fabrice Bourland confirme sa connaissance de la littérature et des milieux littéraires du début du XXème siècle et nous propose une lecture agréable, mais non inoubliable, grâce à une énigme qui aurait mérité de s'éloigner de ses modèles .

 

Les portes du sommeil, Fabrice Bourland, 10/18 (Grands détectives n°4091), janvier 2008, 250 pages, 7 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Lundi 26 mai 2008

Après Dan Simmons et son Illium, c'est au tour du Britannique David Gemmell de revisiter la guerre de Troie. Ce premier tome est une (longue) mise en place des personnages que nous connaissons tous mais vus sous un autre angle, plus quotidien qu'héroïque parfois, au sens où nous les côtoyons dans les replis de l'Histoire.

Le vrai héros s'appelle ici Hélicon, jeune, beau, fort, honnête, droit dans ses sandales (rien à voir avec Boby Lapointe !). Mais forcement, il a un lourd passé derrière son masque imperturbable. Il est en fait le fils d'Anchise et son vrai nom est Énée mais il ne veut pas qu'on l'appelle comme ça parce que ça lui rappelle sa maman qui est morte tragiquement à cause de son père qu'est vraiment qu'un salaud. Oui d'accord, c'est un résumé un peu simpliste, mais il y a de ça. Le vaillant Énée a renoncé à son trône et à son nom pour partir se forger le caractère avec Ulysse, mais il a fâché Agamemnon qui veut sa mort et envoie des tueurs à ses trousses. Pas un chapitre sans qu'il échappe à une tentative d'assassinat. Mais comme le roi de Mycènes fait exprès de lui envoyer rien que des bras cassés, il s'en sort toujours ! Tenez, prenez par exemple Argurios, il aurait fait un bon assassin, jeune, malin, haineux. Mais le voilà pris dans une histoire d'honneur et de principes qui ne font qu'attiser sa haine et reculer sa vengeance. Une autre qui rumine c'est Andromaque, promise à Hector fils du vieil arrogant et libidineux Priam. Ça c'est une femme qui ne s'en laisse pas compter, elle a du caractère, même si on sent venir les histoires d'amour à gros sabots.

Pour moi, Gemmell reste convaincant dans ses scènes de batailles, sur mer ou sur terre, dans les combats, mais tout ce qui relève des personnages me semble toujours très succinct et prévisible. Je trouve toujours ses héros trop chargés et cette impression est encore accentuée par le fait qu'il s'agit de figures déjà connues. Je n'arrive pas à croire à ce brave Ulysse, confident de tous, moche et compréhensif, qui manierait la psychologie comme d'autres la truelle.

On reconnaîtra cependant que Gemmell sait insuffler à son récit le souffle épique dont un mythe d'une telle ampleur a besoin. Le destin, la haine, la vengeance, le sort de milliers d'âmes et bien sûr l'amou-ou-ou-r : tout est là quand on veut bien se laisser emporter. Mais il va falloir être patient car la guerre de Troie n'est pas pour demain, vu que Ménélas et Hélène ne sont pas encore mariés et que Pâris est enfermé dans sa bibliothèque (non, non, il ne folâtre pas avec les déesses !).

Je retrouve donc dans ce nouveau cycle très mythologique et pas du tout fantasy (pas de magie), les mêmes défauts et qualités qu'au cycle mythologique précédent du Lion de Macédoine où Gemmell mettait en scène Alexandre le Grand. Toujours le même procédé : approcher les héros mythiques connus par des personnages de son cru qui gagnent leurs lettres de noblesse à leurs côtés. Et on comprend pourquoi ce terreau antique plaisait tant à cet écrivain qui y trouvait le matériau nécessaire à ses récits grandioses : héros tourmentés, destins inéluctablement enchevêtrés aux fils de l'Histoire, haines recuites et soifs de vengeance. Tout pour faire de l'épique, du musclé... du Gemmell.

Les fans ne seront donc pas déçus, les autres...

Troie / 1 : le seigneur de l'arc d'argent, David Gemmell traduit de l'anglais par Rosalie Guillaume, Bragelonne, février 2008, 447 pages, 28 € (pour l'édition reliée)
A noter que la page d'entête porte la mention "traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Rosalie Guillaume" !!

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 18 mai 2008

Imaginez Florence au début du XVIème siècle : les Médicis, l'effervescence artistique, Michel-Ange, Raphaël... sauf que Paul J. McAuley s'offrant une petite uchronie, la Toscane, l'Italie et l'Europe en général ne sont pas exactement ceux que l'on connaît grâce à nos livres d'histoire. Les artificiers forment en effet une caste particulièrement développée, représentée à Florence par le premier d'entre eux, le Grand Ingénieur. Sachez par exemple, que « grâce aux sous-marins du Grand Ingénieur, les Florentins ont coulé la flotte espagnole qui s'apprêtait à envahir l'empire aztèque. » La face de l'Amérique s'en est trouvée changée, c'est évident, c'est uchronique. A une moindre échelle, ces inventions vont servir les intrigues qui se trament en nombre à Florence au moment où arrive Raphaël, envoyé du pape Léon X, protecteur des artistes. L'artiste est en conflit permanent avec son rival Michel-Ange qui l'accuse de lui avoir volé ses idées. Cette rivalité artistique pourrait rester sans conséquence si l'un des aides de Raphaël ne venait à être assassiné la veille de l'arrivée du pape. Un autre l'est également au cours d'un échange avec un sorcier notoire qu'il essaie de faire chanter. Puis Raphaël lui-même...

Pasquale, jeune peintre de dix-huit ans, est pris bien malgré lui dans ces querelles qui rapidement prennent l'allure d'un complot ésotérique aux enjeux complexes. Aidé par le journaliste Niccolo Machiavel (qui fait figure de Guillaume de Baskerville dans Le nom de la rose comme le souligne la quatrième de couverture), le jeune apprenti affronte mages noirs et savonarolistes, tortures et humiliations.

L'identité du Grand Ingénieur est rapidement évidente : les grandes et petites inventions qui ont permis à la république marchande de Florence de tenir tête aux Espagnols sont nées du génie de Léonard de Vinci qui contrairement à ce que l'on a toujours cru, a réussi à les faire fonctionner à grande échelle. Mais l'invention qui va faire courir au jeune Pasquale maints dangers n'est autre que l'ancêtre de notre appareil photo qui bouleverse les peintres italiens dont les pinceaux font pâle figure face aux plaques de verre qui fixent les images réelles. Peut-être signe-t-il la mort d'un art, ou l'apparition d'une nouvelle expression artistique ? Pasquale, malgré le rythme effréné et les dangers de son enquête n'en perd pas moins de vue son but : dessiner un ange. Le jeune artiste tente de capter l'essence même de ce visage, de ce sourire et sa quête artistique sert de fil conducteur secondaire, parallèle à l'enquête policière. Grâce au regard de Pasquale, le lecteur garde donc toujours l'oeil ouvert sur la Florence artistique, son architecture, ses églises superbement décrites, mais aussi son ambiance de tripots et ses ruelles obscures, si dangereuses la nuit. Je ne cache pas que j'ai dû ouvrir plusieurs fois mon dictionnaire pour remettre à l'heure mes pendules sur les Médicis, Savonarole et la situation politique réelle de Florence à l'époque. Car il me semble qu'une uchronie ne peut être pleinement appréciée que si le contexte historique est connu. Mais il n'est pas interdit de se laisser prendre à la seule intrigue policière et de s'amuser à imaginer ces maîtres italiens fumant un joint de marijuana affalés sur des canapés. Cette intrigue extrêmement touffue et parfois complexe requiert cependant toute l'attention du lecteur s'il ne veut pas se noyer dans les complots.

Les amateurs d'uchronie ne pourront être déçus par la reconstitution historique et l'imagination dont fait preuve McAuley : la Renaissance italienne telle qu'elle aurait pu être si...

 

Les conjurés de Florence (1996), suivi de La tentation du Dr Stein (1996), Paul J. McAuley, traduit de l'anglais par Olivier Deparis et Marie-Catherine Caillava, Gallimard (Folio SF n°194), novembre 2004, 493 pages, 7,30 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 13 mai 2008

Enterrée la pétasse du XVIème : pour son troisième roman, Lolita Pille délaisse le ton ado (elle a vingt-cinq ans) pour un narrateur omniscient et le sexe à tous les étages pour un roman d'anticipation très pessimiste (y en a-t-il des gais ?) : une dystopie. Sans remonter les décennies, ni invoquer les classiques (Huxley, Orwell...) force est de constater que ce genre particulier de science-fiction (soft) plaît aux auteurs français : Céline Curiol, Céline Minard (beurk), Antoine Bello, Elise Fontenaille... : ils sont nombreux à choisir d'analyser notre société actuelle en la projetant dans un futur très proche et d'autant plus inquiétant. Que nous apporte donc ce Crépuscule Ville ?

 

Le héros, Syd Paradine, est le type même du flic revenu de tout, cher aux romanciers et cinéma américains, que l'on dit là-bas hard boiled et qui est un dur à cuire, pas de doute : alcoolique, violent, en survie. Avant d'être flic, il a exercé toutes sortes de petits boulots dont punching-ball : « les salles de boxe rouvraient de nuit pour un jeu rénové qui attirait une foule de parieurs. Il fallait défier quelques gars et monter sur le ring. Les gars vous explosaient la gueule et il ne fallait surtout pas riposter. C'était une question de maîtrise. Il fallait tenir debout le plus longtemps possible. » Alors si Syd déteste son boulot de flic,  c'est quand même plus reposant. Quoique... Suite au Grand Black-Out (coupure générale d'électricité) qui coupe les écrans, la Ville ne peut contenir une vague de suicides. C'est bien dommage pour Syd qui justement travaille au S.P.S., Service de Protection contre Soi-même, et plus particulièrement à la Préventive-Suicide. Encore pire, Shadow Smith, héros national pour avoir rétabli le courant, est retrouvé mort : il aurait avalé sa langue. Syd décide de comprendre pourquoi et d'arracher sa soeur, Blue Smith, au déclin de la Ville qui subit une vague d'attentats tous plus meurtriers les uns que les autres.


J'ai vraiment été très agréablement surprise par ce roman. Je m'attendais à quelque chose de plus agressif et de plus simpliste, mais l'heure du scandale est semble-t-il passée, et l'écriture assagie ne se contente pas d'aboyer et de provoquer. Elle n'en est pas moins dénonciatrice, mordante et pertinente. En plus des références de polars noirs, j'ai beaucoup pensé au Furet d'Andrevon en lisant, ce type de flic dans une ville totalitaire en perdition, qui a encore quelques certitudes mais surtout beaucoup de désillusions. Alors bien sûr, on retrouve dans ce roman beaucoup des éléments incontournables du genre : surconsommation, hypermédiatisation, jeunisme, drogue, sexe, violence... Une nature dévastée, un service de répression efficace (« Quand le S.P.I. décrétait que deux et deux faisait cinq, deux et deux faisait cinq et point barre. ») et un flicage systématique des individus grâce au S.P.S. qui compte cinq sections dont la Préventive Routière qui peut vous adresser le message suivant alors que vous souhaitez vous installer au volant : « selon nos informations, vous avez consommé un litre huit d'alcool, il nous est impossible de vous laisser le volant. Votre temps de dégrisement est estimé à trente-six heures. Nous rouvrirons nos portes demain soir, à vingt-deux heures précises. Merci d'avoir choisi Volkswagen, partenaire officiel de la Préventive-Routière. »

Bref, « Avec Clair-Monde, votre bonheur n'est plus une utopie. »

La demoiselle ne manque pas non plus d'humour... Alors si elle ne réinvente pas l'eau chaude, elle nous offre un polar intéressant grâce à une écriture nerveuse et musclée qui sait changer de registres, tour à tour percutante, dénonciatrice et émouvante. « Musclée » est certainement un adjectif inapproprié mais il essaie de traduire l'impression d'une écriture masculine et d'un personnage très cohérent et humain que l'on a plus souvent l'habitude de rencontrer sous une plume masculine. Un héros qui tient la route pour une intrigue qui s'éternise un peu sur la fin mais les tourments de Syd Paradine gagnent à être partagés tant ce looser emporte l'adhésion. De même que l'écriture, maîtrisée et efficace.

Mais je cause, je cause, alors que l'auteur, très modeste, parle bien mieux que moi, bien sûr, de son roman.




Crépuscule Ville, Lolita Pille, Grasset, mai 2008, 382 pages, 20,50 €
par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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