Mardi 10 novembre 2009

Grâce à des fouilles rien moins qu'archéologiques dans mon vieil ordi, j'ai retrouvé un billet écrit en juillet 2005 sur mon ancien site et non rapatrié car un peu long. Si je le ressuscite aujourd'hui, c'est à l'occasion de l'excellent Défi SF organisé par GeishaNellie, que je félicite pour cette initiative car on n'encouragera jamais assez les lecteurs à se tourner vers la science-fiction.

Une chose me chagrine pourtant, c'est que certains pourraient (et ont déjà) choisir de lire Ravage de Barjavel. Pourquoi lire cette vieillerie ? Certainement parce que c'est Barjavel et que c'est le seul titre de SF lu par bien des profs de français qui nous le réchauffent comme une soupe depuis plus de soixante ans. Le but de ce billet est de vous dire pourquoi ne pas le lire.

L'intrigue
2052 : dans une société industrielle et mécanisée, l'électricité vient à manquer. Très vite, Paris se transforme en jungle, chacun luttant pour sa survie. Même le jeune et sympathique François Deschamps, héros du roman, se transforme en assassin pour trouver à manger ; il n'hésite pas à faire assassiner des prisonniers. Il se transforme en fait en brute autoritaire, régnant par la force et la violence sur sa femme et ses compagnons. Il décide alors, avec quelques autres de quitter la ville pour la campagne afin d'y fonder une nouvelle vie basée sur le travail et l'harmonie avec la nature. Devenu un patriarche incontesté et refusant tout changement, il sera lui-même victime de son utopie.
Écrit à Paris pendant l'Occupation, ce livre s'inspire de cette sombre période. Barjavel écrit dans Les Années de l'homme : "J'ai vite commencé un roman qui m'a été en partie inspiré par le fait que l'on vivait à Paris à ce moment-là une période de ténèbres. Nous étions dans une ville qui, à partir de 4 heures du soir, était noire. Plus aucune lumière, le black-out total… et c'est cet environnement ténébreux qui m'a sans doute inspiré l'idée de la disparition totale de l'électricité qui est le thème à la base de Ravage…". Les habitants ont faim, ils ont peur et des pulsions inconnues se font jour quand naissent de nouvelles tensions.


Quelques thématiques contestables
Alors que les citadins en sont venus à tuer pour manger, François Deschamps franchit un degré intolérable en assassinant des prisonniers : "Je sais que ce n'est pas drôle de tuer des gens sans défense, mais nous devons, avant tout, songer à assurer notre propre sécurité. Nous vivons des circonstances exceptionnelles qui réclament des actes exceptionnels". La guerre et l'état d'alerte justifieraient donc la sauvagerie et le meurtre. Pour contestable qu'elle soit, la mise en scène de la violence a au moins ici le mérite de permettre d'ouvrir le débat avec des jeunes gens. Que les admirateurs de ce roman m'expliquent pourquoi Barjavel ne prend jamais de distance critique par rapport à une telle attitude. En ne remettant jamais en cause l'autorité de François, il cautionne le régime autoritaire qu'il instaure.
Car cet homme impitoyable qui tue ses ennemis et assassine ceux qui le gênent est élu chef du village par ses semblables. Ce despote prend donc lui aussi légalement le pouvoir. Le jeune chef instaure la polygamie car " il faut que chaque parcelle de cette bonne terre connaisse le soc de la charrue " (on notera la finesse de la métaphore). Il décide du nombre d'habitants dans chaque commune et de l'étendue des propriétés de chacun, établit une religion "basée sur l'amour de Dieu, de la famille et de la vérité, et le respect du voisin ". Il fait détruire les livres, "l'esprit même du mal" et réserve l'écriture à quelques élus, car elle "permet la spéculation de pensée, le développement des raisonnements, l'envol des théories, la multiplication des erreurs". Que penser d'un homme de lettres qui fait de son héros le porte-parole de l'ignorance, sans la moindre ironie ? Ce personnage qu'il dit sage et éclairé ("dans ses yeux brillent la sagesse et la bonté") méprise les femmes, ignore leur libre arbitre ; Barjavel lui-même fait de son héroïne, Blanche une idiote écervelée et versatile, préférant la richesse à l'amour.
Enfin la ville, mécanique, artificielle et anonyme a absorbé quasiment toute la population. Paris compte vingt millions d'habitants qui étouffent et mangent de la nourriture industrielle. Les campagnes sont désertes et c'est pourtant là que François décide d'emmener sa troupe qui fera jaillir un monde nouveau basé sur le travail et l'effort car "la terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c'est une portion de la France qui meurt" disait le maréchal Pétain en 1940. C'est de la terre que viendra le salut de la petite communauté, de son grand nombre d'enfants et de l'obéissance aveugle au chef.


Barjavel et la science-fiction
René Barjavel consacra une bonne part de ses écrits à ce qu'à l'époque en France, on n'appelait pas encore la science-fiction, mais plutôt l'anticipation.

Citons Le Voyageur imprudent, publié en feuilleton de septembre 1943 à janvier 1944 dans la revue collaborationniste "Je suis partout", Le Diable l'emporte (1948), La nuit des temps (1968), Le Grand secret (1973), Une rose au paradis (1981) et L'Enchanteur. Trois nouvelles ont été publiées dans la revue Fiction.

Il a également fait œuvre de journaliste, son premier métier, et de scénariste et dialoguiste pour le cinéma français d'après-guerre (notamment pour Fernandel dans la série des Don Camillo).
Mais c'est bien à l'auteur de romans de science-fiction que la plupart des journaux rend hommage après sa disparition le 24 novembre 1985. "René Barjavel, un poète de l'anticipation" (Le Parisien, 26 novembre 1985), "René Barjavel le chevalier de la science-fiction" (Auvergnat de Paris, 26 novembre 1985), "Celui qui savait s'émerveiller" (Le Journal du Dimanche, 1er décembre 1985), "L'auteur de Ravage est mort à soixante-quatorze ans..." (France-Soir, 26 novembre 1985)…etc… Presque oubliée sa position équivoque pendant la guerre, sauf du quotidien "L'Humanité", qui ne ménage pas le récent défunt :


Chroniqueur à France-Soir, scénariste de films aussi hétéroclites que "Don Camillo" et "Le Guépard", auteur de La Faim du tigre, Si j'étais Dieu, La Charrette bleue, René Barjavel est mort dimanche à l'âge de soixante-quatorze ans. Il fut lancé par Ravage (1943), l'un des premiers livres français de science-fiction. Il n'en professait pas moins les vieilles idées de la droite la plus extrême. Collaborateur de "Gringoire", "Je suis partout", il écrira en 1980 à la mort de Sartre : "Je n'aimais pas Sartre, d'abord à cause de son physique. Je ne croyais pas qu'un homme affligé d'un strabisme tel que le sien puisse avoir une vision claire du monde."
Barjavel portait, lui, des lunettes, mais resta toujours aveugle au sens de l'histoire et au sort de ses concitoyens.

On l'a donc beaucoup interrogé sur cette littérature, voici quelques unes de ses réponses :

  • La science-fiction est une hypothèse sur l'avenir. C'est une nouvelle littérature. Elle s'évade du cadre de la chambre à coucher ou de la salle à manger. Elle fait éclater les murs pour nous donner à voir de nouveaux horizons. On retrouve tous les genres en elle et elle peut être épique, lyrique, politique, dramatique... Elle s'intéresse au devenir de l'espèce humaine.

  • C'est en Amérique que roule le fleuve du roman aujourd'hui. Les petits cousins yankees de Galaad vont chercher le Graal dans les étoiles. La vraie littérature américaine, ce n'est pas Faulkner, Hemingway et leurs pareils, descendants anémiques de Zola, branche exténuée de la littérature européenne du XIX siècle : c'est Bradbury, Clifford Simack, Van Vogt, Asimov, Walter Miller, Damon Knight, James Blish et mille autres. Ils sont légion. Ils grouillent dans tous les genres.

  • La SF permet d'ouvrir des fenêtres vers tous les horizons du temps et de l'espace et de s'intéresser à de vastes problèmes.

Barjavel fut membre du jury du prix Apollo (initié par Jacques Sadoul à partir de 1972) aux côtés de Jacques Bergier, Jean-Jacques Brochier, Michel Butor, Michel Demuth, Jacques Goimard, Francis Lacassin, Michel Lancelot, François Le Lionnais, Alain Robbe-Grillet et Jacques Sadoul.

"Ravage demeure, plus de cinquante ans après sa parution originale, l'un des plus beaux romans sur le thème du cataclysme et de l'effondrement d'une civilisation" écrit Jacques Baudou dans "Le Monde des livres" à l'occasion de la sortie, en 1995 du volume Omnibus consacré aux textes SF de Barjavel. Et comme cet éminent critique n'est jamais avare de compliments quand il aime, il écrit dans le même article : Ravage et Le Voyageur imprudent ont valu à leur auteur "d'être considéré, à juste raison, comme le premier grand auteur français de science- fiction de l'après-guerre et de l'ère moderne". Nous ne sommes d'accord ni avec l'une ni avec l'autre de ces affirmations. Pour réfuter la première, il suffit, pour rester dans le domaine français de lire et relire Malevil de Robert Merle à côté duquel Ravage fait pale figure. Il faudrait, pour discuter la deuxième affirmation, s'entendre sur les termes "ère moderne". De plus, l'idéologie plus que contestable véhiculée par ce livre entache définitivement à nos yeux ses qualités littéraires. Il n'en reste pas moins que Ravage est le livre de science-fiction française le plus connu.

Barjavel est également très apprécié d'un autre grand monsieur de la science-fiction française : Jacques Goimard. Il ne lui consacre pas moins de cinquante pages dans son Critique de la science-fiction (Pocket, 2002), traitant largement de ses écrits mais aussi de sa vie, de ses prises de position, de ses convictions. On y découvre un Barjavel humaniste et un Goimard vindicatif : "cinquante ans après, il se trouve encore des critiques pour le qualifier de 'pétainiste' au motif qu'il y a chez lui une 'idéologie' du retour à la terre. Il est non moins certain qu'il a véhiculé des thèmes considérés comme 'réactionnaires', parmi d'autres qui ne le sont pas. Ne serait-il pas temps d'en finir avec les injures plus ou moins gratuites ?". Absous.

Ravage (1943), René Barjavel, Gallimard (Folio n°238), novembre 1972, 311 pages, 7 €

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Livres
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Commentaires

Bon ben j'avoue qu'en voyant la rapidité à laquelle tu as mis cet article en ligne, c'est que tu ne veux pas que je lise ce bouquin :D
Je comprends un peu mieux le pourquoi même si avec l'extrait que tu m'as laissé, je me suis rendue compte de ce qui m'attendait. Quelque part, je te répondais sur mon blog que ça me faisait penser aussi à Farenheit 451 de Bradbury en ce sens que là aussi les livres sont brûlés pour que la masse populaire ne puisse pas penser par elle-même. Maintenant, mon choix s'était porté sur un Barjavel parce que ça fait très longtemps que je n'ai pas lu cet auteur et que je n'avais pas été déçue par La nuit des temps et Le grand secret. Si tu as des titres à me proposer pour changer le Barjavel je suis preneuse. Mais je ne veux pas de genre où il y a des extra-terrestres et tout le bataclan. J'ai déjà cherché tout à l'heure et j'ai du mal à trouver mon bonheur. En SF, je suis nulle ! Le but du défi, pour moi, est de commencer à lire ce genre.
Commentaire n°1 posté par belledenuit le 10/11/2009 à 16h51
C'est pas que je ne veux pas qu'on lise ce livre (je serais pire que Barjavel si j'interdisais des livres !), mais c'est surtout qu'il y a beaucoup mieux à lire ! Et c'est vrai, ton billet puis celui de l'organisatrice m'ont donné l'énergie nécessaire pour plonger dans les entrailles de mon vieil ordi et exhumer ce billet.
Et oui bien sûr, Bradbury parle de livres brûlés lui aussi, mais dans son cas, c'est de la dénonciation ! Pour Barjavel, pas du tout : c'est bel et bien ce qu'il préconise, sans la moindre ironie, sans second degré ; c'est ça qui est grave.
Sans hésitation, je te conseille comme à tous ceux qui ne lisent pas de SF et n'aiment pas les ET et les vaisseaux spatiaux, de lire Des fleurs pour Algernon. C'est un livre magnifique, émouvant et terriblement humain.
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 10/11/2009 à 18h15
Je n'ai pas lu Ravage (et ne t'inquiète pas, je ne pensais pas le lire....). La nuit des temps et Le grand secret ont suffi à me détourner de cet auteur (eh oui c'est comme ça...)
Je suis inscrite de loin à ce défi mais je sens que des titres vont s'imposer au fil du temps et que je craquerai!
Commentaire n°2 posté par keisha le 10/11/2009 à 17h23
J'espère que ce sera l'occasion pour un grand nombre de lecteurs de découvrir la diversité de la SF, et pourquoi pas, de l'apprécier. Je crains un peu quand même qu'on ne ressorte les vieilles lunes...
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 10/11/2009 à 18h16
Je suis surprise, je pensais que c'était La nuit des temps le roman de Barjavel le plus connu et le plus proposé en classe.
J'étais très tentée par L'enchanteur, je ne pense pas qu'il soit considéré comme de la SF.
Commentaire n°3 posté par emmyne le 10/11/2009 à 18h16
Je ne compte plus combien j'ai vu d'élèves (c'est en 4e je crois qu'ils sont obligés de subir une initiation à la SF par des profs qui n'en lisent pas) se présenter à la bib pour emprunter ce livre... c'est déprimant... Et L'enchanteur, bof...
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 10/11/2009 à 22h46
Génial je te remercie beaucoup pour ta proposition. Je modifierai le livre de Barjavel contre celui de Keyes sans aucune hésitation après avoir lu le résumé de ce dernier :D
Commentaire n°4 posté par belledenuit le 10/11/2009 à 21h28
Merci pour avoir remis ce roman et cet auteur à leur place. Cette précision était nécessaire. Et sans hésitation non plus je conseille aussi "Des fleurs pour Algernon".
Commentaire n°5 posté par papa fredo le 11/11/2009 à 02h07
Il fallait que je l'écrive parce que ça me désole de voir tous ces lecteurs qui entrent en science-fiction avec un tel texte. Et je n'arrive pas à comprendre comment il suscite encore de l'engouement, comment des lecteurs peuvent l'apprécier...
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 11/11/2009 à 08h16
Bon je note Des fleurs pour Algernon.
Dans ta réponse tu parles de vieilles lunes, j'ai peur de lire ça, alors dis moi tout : qui sont ces vieilles lunes, et qui - ou quels titres?- conseilles-tu?
Signé : Une lectrice de SF (avant blog)qui a aimé Malevil, La planète des singes, etc...
Commentaire n°6 posté par keisha le 11/11/2009 à 08h40
Excellents Malevil et La planète des singes ! "les vieilles lunes", ça n'est pas bien gentil, c'est vrai car comme chacun sait, c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes...
Alors parmi les titres récents, voici trois titres qui m'ont particulièrement marquée et à mon avis abordables par des non lecteurs de SF (oui je sais, ces lectures datent d'avant Mes Imaginaires pour la plupart, il faudrait que je les relise pour achever de convaincre !) : Les fables de l'Humpur de Pierre Bordage, La folie de Dieu de Juan Miguel Aguilera et La route de Cormac McCarthy. C'est-y pas un beau challenge ça ! (et qu'on ne vienne pas me dire que La route ça n'est pas de la SF, l'apocalypse n'a pas encore eu lieu à ce que je sache, ni aux Etats-Unis, ni ailleurs...)
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 11/11/2009 à 11h05
Même si, évidemment, tu en as vu de ces pôv'zélèves traumatisés par leurs profs qui ne connaissent rien à rien, dommage que tu généralises autant la découverte de la SF au collège ( les genres, c'est au programme de 5ème ). Il y a des enseignants qui lisent, qui maîtrisent le sujet, si, si, j'en ai vu ( et je me pense pas à moi. Pour ma part, je choisissais un titre de C.Grenier pour faire lire de la jeunesse et faire connaître l'auteur ).
Alors, clairement, à part Les fleurs pour Algernoon, c'est quoi les " incontournables " qui ne sentent pas la poussière ?
Commentaire n°7 posté par emmyne le 11/11/2009 à 10h38
Mais je ne généralise pas, je constate ! Non mais vraiment, parmi les profs, comme parmi les bibliothécaires, 99,5 % ne lisent pas de SF. Il en reste donc, je te le concède bien volontiers qui en lisent et qui l'aiment. Mais ça ne fait pas lourd... Qu'est-ce que je choisirais pour des élèves, de 5e donc ? Christian Grenier, oui, même si je ne l'aime pas autant que toi, Danielle Martinigol, des bouquins dans la collection "Autres mondes" de chez Mango et pourquoi pas des nouvelles de Matheson (on pourrait aussi leur passer des épisodes de la 4e Dimension, non ?). J'ai vu certains tenter Demain les chiens, excellent livre mais peut-être un peu ardu... Tu connais certainement le recueil "Les archives du futur" dirigé par Alain Grousset (très bien d'ailleurs pour la jeunesse) et qui regroupe une bonne dizaine de nouvelles du 19e à nos jours : Wells, Doyle, Dick (ah "Le père truqué" !), Ballard, Bordage... voilà un livre qu'il est bon pour la jeunesse !
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 11/11/2009 à 10h54
Ah que la vie est belle (en plus il y a du soleil, mais ici c'est le sud, n'est ce pas?) car les 3 titres que tu cites sont à la bibli!!!Ouaip, je vais me le faire, ce défi! Et puis j'ai Dune et Blade runner sur une étagère, peut être que leur tout viendra... Quant à Roszak, tu le situes SF aussi? (une de mes dernières lectures avec ongles rongés)
Commentaire n°8 posté par keisha le 11/11/2009 à 11h18
Très bien, Alain Grousset, Martignol...rien de neuf, c'est ce que j'ai toujours vu, ils sont même dans les listes de l'Education Nationale ( les anthologies et les romans de chez Mango ne sont pas faciles à faire acheter par les élèves, ils dépassent les budgets de consigne. Il faut donc les faire acheter par le CDI et donc lire ce livre avec plusieurs classes plusieurs années ).
C'est bon, de toute façon, je n'ai pas envie de débattre sur le travail des enseignants, même s'il me paraît essentiel de ne pas enfoncer les quelques pour cent que tu me concèdes.
Bon dimanche
Commentaire n°9 posté par emmyne le 11/11/2009 à 11h33
Adolescente, j'avais beaucoup aimé "La Nuit des temps" et c'est vrai que quand j'ai lu, avec un peu plus de recul, ce "Ravage", j'ai été épouvantée par l'idéologie qui s'en dégage, je ne me rappelle plus ces meurtres de prisonniers mais la fin est complètement révoltante. C'est sûr que ça ne donne pas une image très fraîche de la SF (et c'est longuet). Mais en même temps, dans le cadre du collège (ou plutôt du lycée ?), ça peut être intéressant de montrer l'ambiguïté de cette utopie (et puis on y retrouve pas mal de thèmes de la SF : critique d'une société industrielle, apocalypse, société soi-disant idéale...). Mais évidemment pour le lecteur d'aujourd'hui en quête d'humanité il vaut mieux lire "La route" ;)
Commentaire n°10 posté par rose le 11/11/2009 à 11h36
Je suis d'accord avec toi : les thèmes abordés sont intéressants, et Barjavel a écrit d'autres textes moins puants en SF (à mon humble avis, le meilleur est Le voyageur imprudent). Mais il m'est impossible de faire fi du contexte et de l'idéologie, c'est trop sérieux et révoltant.
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 11/11/2009 à 13h51
Bon dimanche !!! n'importe quoi, je suis vraiment trop fatiguée ou je vieillis mal !!!
Commentaire n°11 posté par emmyne le 11/11/2009 à 11h40
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 11/11/2009 à 13h52
Hello, "Ravage" m'a laissé une impression de second degré, j'ignore si c'était voulu ou non par Barjavel. Le côté "travail/famille/terre" de la nouvelle société fondée est tourné dans le sens d'un patriarcat polygame et rétrograde tellement pitoyable que je me suis demandé s'il ne s'agissait pas d'une moquerie déguisée du Pétainisme. J'ai plus accroché à la "Nuit des Temps" que j'ai lu étant adolescent, et "L'enchanteur" reste une jolie tentative de reprise de la légende arthurienne (on pourrait le classer en fantastique voire fantasy). Par contre "Le Grand Secret" ne m'a pas beaucoup emballé, je l'ai trouvé mal construit, bourré de faiblesses et au final ennuyant.

Par contre je ne suis pas d'accord non plus avec ces encenseurs de Barjavel : ce n'est pas le premier auteur SF français et certainement pas le meilleur du XXème siècle non plus !
Commentaire n°12 posté par Guillaume44 le 11/11/2009 à 17h17
Malheureusement non, pas de second degré ici, c'est bien du pétainisme pur jus !
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 11/11/2009 à 23h52
Je suis assez contente d'avoir un avis éclairé et documenté sur Barjavel, que moi aussi j'ai subi en troisième avec "la nuit des temps" qui m'avait bien plu tout en me laissant un arrière-goût de facilité assez déstabilisant et culpabilisant ma foi (c'est de la bonne littérature normalement que les profs font lire à leur élève...). Plus tard j'ai lu Ravage qu'on m'a prêté . par un garçon . donc pour lui,la description des corps nus, maigres et musclés des femmes toutes enceintes, ça l'avait sûrement pas trop marqué je pense( moi je m'en souviens encore, plus de 20 ans après!). Mais les derniers chapîtres quand même! Barjavel qui se sent plus p...er se prenant pour le roi du monde, fécondant toutes les femmes... et toute l'idéologie nauséabonde derrière .... ton article explique bien le pourquoi du comment, je comprend un peu mieux . Ma culture sf est bien proche du zéro absolu, m'en vais faire un tour à la bibli...
Commentaire n°13 posté par m-claire le 12/11/2009 à 10h18
C'est pour ça qu'il me semble bien dommage qu'on fasse lire ce livre à de jeunes élèves, il y a mieux tout de même, à moins de travailler sur la littérature durant la guerre pour analyser comment certains auteurs affichaient leurs positions pro Vichy, en cours d'histoire par exemple.
Et pour ta culture SF, rien n'est perdu !
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 12/11/2009 à 22h38
et moi qui croyais que Barjavel était une référence... J'ai reçu Ravages dans le cadre du swap SFFF. toujours pas lu et ton billet ne m'incite pas vraiment. Il restera encore un petit peu dans les bas-fonds de ma PAL. Mais je le lirais pour voir.
Commentaire n°14 posté par Laetitia la liseuse le 15/11/2009 à 18h07
Sûr, il vaut mieux te faire ta propre idée, mais bon, je suis certaine que tu as mieux sous la main...
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 15/11/2009 à 23h34
je ne l'avais pas aimé, pas trop le sujet que j'aime lire
Commentaire n°15 posté par esmeraldae le 16/11/2009 à 08h03
Il y a pourtant eu de beaux romans dans le genre, pour rester dans les Français d'hier, je te recommande quand même Malevile
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 16/11/2009 à 08h25
Je confirme, Ravage est souvent le seul roman de SF lu par de nombreux collègues et c'est assez honteux.
Je n'aime pas du tout ce roman pour ma part. Cela étant, une élève de seconde de l'année dernière l'a spontanément lu et elle avait bien aimé, à ma grande surprise.
Commentaire n°16 posté par fashion le 20/11/2009 à 20h18
Ah merci ! Et il y a des conservateurs (voire pire !), même chez les élèves de seconde, malheureusement !
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 20/11/2009 à 23h02
ouf ! j'ai failli me laisser tenter par celui-ci mais ce que tu dis du personnage féminin me vaccine définitivement. Très bon billet (comme d'habitude) merci !
Commentaire n°17 posté par Theoma le 22/11/2009 à 14h22
Si je t'ai dissuadée, jen suis ravie !
Réponse de Sandrine Brugot Maillard le 22/11/2009 à 23h02

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