Vendredi 26 juin 2009
"La mort... Combien de fois lui ai-je envié sa dextérité, ses litotes et le poème donné aux âmes qu'elle emporte? Si la vie rédige nombre de contes, seule la mort corrige et veille à la ponctuation. Vais-je me risquer ce soir, en racontant mon histoire, à lui ouvrir la porte ?"

Ainsi commence "Motus", la nouvelle qui ouvre ce recueil de contes. Bien que je sois piètre lectrice de textes courts, contes ou nouvelles, j'ai été séduite dès ces premières phrases par leur poésie. Poésie du style car Gérald Duchemin écrit dans une langue recherchée et mélodieuse (ah, le doux plaisir des imparfaits du subjonctif !), mais aussi poésie des thèmes choisis qui disent la solitude, la mort, la peur.
Dans "Motus", c'est un petit garçon qui raconte ses peurs d'enfant enfermé dans la noire solitude de sa chambre : un monstre, "un gargantuesque foetus parvenu à terme" vient hanter ses nuits, obscène souvenir d'un temps où il n'était pas.

Si la mort est le sujet de prédilection de Gérald Duchemin, elle n'est pourtant pas toujours traitée sur un mode tragique, bien loin de là.
Par exemple, "Le bal des obsolètes" donne voix à une tombe, "une tombe toute simple, toute plate" qui dévoile aux vivants son quotidien, ses attentes et ses tourments. Ce n'est qu'une "voix de sépulture" mais qui fera le bonheur des amateurs d'ironie un brin macabre. Car il est certain que la mode de la crémation fait tort aux cimetières qui n'ont pour se réjouir que Toussaint et Halloween... C'est pourquoi ils organisent des bals, lors desquels la foule avariée des tombeaux (fantômes, zombies, vampires, squelettes...) se met en frais. Parfois cependant, la fête est gâchée, par une certaine sorcière, leur mère à tous...


Quelques contes très courts sont regroupés en un chapitre, en voici un qui donne le ton, si vous l'aimez, le recueil vous plaira certainement :

    Un enfant de trois ans et demi, échappe à la vigilance de ses parents. Il erre seul, en pleine nuit, sur une ligne de chemin de fer. Malheureusement, fauché par une locomotive, il meurt sur le coup. Suicidaire en culotte courte ? Somnambule ? Distrait ? Une chose est certaine, à part cette fois-là, il n'avait jamais pris le train.

L'auteur réussit presque à se préserver du mauvais goût, si ce n'est parfois quelques jeux de mots trop faciles. Mais c'est vraiment un plaisir de lire Gérald Duchemin tant son écriture, qui conjugue obsolescence et humour noir, redonne au lecteur le goût des contes d'hier, ces contes fantastiques, sombres et parfois grotesques signés Poe, Gautier ou Maupassant. J'ai bien conscience que ça fait beaucoup de beau monde, mais lisez "ces histoires, toutes cousues de fil noir, incisives jusqu'à l'os" et vous retrouverez cette belle époque des grands maîtres.

Petits contes macabres, Gérald Duchemin, Editions Le Chat Rouge, juillet 2008, 239 pages, 22 €

Par Sandrine Brugot Maillard - Publié dans : Livres
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