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Samedi 3 mai 2008

« Je m’appelle Herb Charity, j’ai vingt-cinq ans, j’ai toujours vécu à Vancouver, je suis cyberflic depuis sept ans déjà, depuis la création en fait, on est quinze à la brigade. » La mission des cyberflics : débusquer les cyberproxénètes et leurs clients pédophiles. Leur méthode favorite : le flagrant délit à six heures du matin. Depuis qu’elle disparu, Herb cherche sa sœur dans ces milieux d’internautes, sa grande sœur adorée qui chatait des nuits entières avec des inconnus et est partie un beau jour pour ne plus jamais revenir. 
Voilà pour son back ground et ses motivations. Mais sa mission pour l’heure est un peu spéciale : voilà deux fois que, sur le point de prendre en flag un cyber pervers, il trouve ses cibles ligotées, chialant des larmes de sang. Elles viennent de se prendre une puce empathique à effet feed back dans le cortex et ces salauds ressentent enfin les mêmes souffrances que les enfants sur l’écran. Il s’avère bientôt que les responsables sont une bande de gamins de dix douze ans, du moins en apparence. Qu’il va falloir coincer parce que la vengeance, c’est mal, même si les victimes l’ont bien méritée.

 

On est donc à mi chemin entre l’anticipation à court terme et le polar. Grâce à une écriture nerveuse et efficace, Elise Fontenaille entraîne son lecteur au cœur de son personnage d’une très grande ambiguïté. Car l’auteur se place aux antipodes du héros à l’américaine blessé dans le passé qui a juré de se venger en faisant la peau à tous les salopards du Net. Herb a lui-même une sexualité extrêmement trouble, voire perverse.

Alors forcément, le roman interroge : avoir des relations sexuelles avec une femme de vingt-cinq ans enfermée dans un corps d’enfant, est-ce de la pédophilie ? On retrouve ici la même problématique que dans le dernier roman de Theodore Roszak, L’enfant de cristal : si l’âge corporel n’est pas l’âge psychologique, y a t-il crime ?

Au final, me voilà donc le cul entre deux chaises (très inconfortable position) parce que j’apprécie l’écriture d’Elise Fontenaille, ses références et clins d’œil littéraires et historiques (Philip K. Dick, la comtesse Bathory, Peter Pan…), mais que la pédophilie qui ne dit pas ce qu’elle est me dérange. J’en conclus donc que l’auteur réussit son coup puisque son propos ici n’est pas de caresser son lecteur dans le sens du poil…

Ceci dit, avec un texte aussi percutant, dérangeant, bien écrit et renseigné, la science-fiction française publiée en édition spécialisée a du souci à se faire…

 

Unica, Elise Fontenaille, Stock, janvier 2007, 160 pages, 15 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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