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Voilà, encore une fois, ça ne va pas être facile… Ne pas aller dans le
sens du vent, surtout quand celui-ci est soufflé par Libération, Télérama, Le Figaro… pas facile… Et quand le seul élément biographique donné sur la 4ème de couverture signale que
l'auteur "a étudié la philosophie"… pas facile… Mais bon, je me lance, à mes risques et périls.
Tout commence dans l'espace, alors que le cosmonaute un tantinet caractériel, Jaume Roiq Stevens, refuse de regagner la Terre quand on le lui demande. Bien lui en a prend puisque pendant ce
temps-là sur Terre justement, le genre humain disparaît. Hommes, femmes et enfants ont pour ainsi dire fondu, ne laissant sur place que leurs vêtements. Pourquoi, comment ? Peu importe, là n'est
pas le propos. Non, le sujet c'est Jaume Roiq Stevens, le dernier homme, qui va devenir le dernier monde à lui tout seul puisqu'il va s'inventer des personnalités multiples qui vont lui permettre
d'affronter la solitude universelle. Ils sont donc plusieurs sous son crâne, il se sent ainsi moins seul. Encore que seul, il ne l'est pas tout à fait vu qu'il reste les animaux, très nombreux,
et en pleine forme depuis qu'ils ne sont plus esclaves des hommes. Jaume Roiq Stevens décide de se servir de l'instinct destructeur et agressif de certaines espèces pour nettoyer la planète.
Le voici donc à la tête d'un convoi ferroviaire et transmongolien de soixante dix mille porcs (oui 70 000) pour nettoyer Oulan-Bator et ses environs, il y en avait bien besoin. Des hordes de
cochons déferlent donc dans Tchoyr, Dzamïn Uüd, Jining (vous ne connaissez pas mais c'est normal : vous n'avez pas étudié la philosophie) : c'est violent, dégoûtant et quasi fantasmagorique,
comme une épopée orchestrée par le fils spirituel de Wagner et de Romero. Oserais-je dire que c'est un peu long ? Oui, je le dis, parce qu'après la Mongolie, c'est la Chine qui voit déferler le
Porcher fou, mais bon, il faut bien meubler ces minutes terribles, les ultimes… alors quoi, on s'amuse comme on peut : "Stevens est allé faire de la luge sur le lac gelé Qianhai. Hier déjà,
il a passé sa journée sur cette espèce de chaise d'écolier montée sur patin, à piquer la glace avec ses bâtons de luge, à droite et à gauche autour des charrettes d'azeroles". Et vous, vous
feriez quoi si vous étiez le dernier ??? Et pourquoi pas faire sauter tous les barrages du Règne Hydraulique, ça peut remplir une fin de vie ça…et venger les civilisations englouties.
Alors quoi, je n'aurais pas compris que ce livre est intelligent, brillant même ? Mais si, d'ailleurs, je le comprends dès la première page car tout commence par un mot tronqué : il y a recherche
formelle, c'est évident… Il y a aussi des pages quasi blanches avec à peine une dizaine de mots imprimés dessus, voire un seul ; des citations de Marc Aurèle, Epictète, Lucrèce, Louise Labé… ;
des comparaisons fines et recherchées ("Le barrage de Gezhouba est comme un Prince-Albert sur la bite de la Chine, il traverse l'urètre et ressort sur le frein, quand les eaux gonflent, le
lit gonfle, le piercing s'incurve") ; et puis un tas de mots fortement onomatopéiques… et plein d'autres dont j'aurai dû aller chercher le sens dans le dictionnaire, mais je ne peux pas
parce que je m'accroche au Dernier monde, je ne veux pas passer pour une idiote !
Déjà que je croyais que c'était de la science-fiction, eh bien pas du tout. En tout cas, l'auteur ne veut pas que son roman soit ainsi étiqueté. Pourtant, moi aussi je croyais le genre humain
encore bien portant, malgré tout, et ne m'étais pas encore aperçue qu'il n'y avait plus que moi…
Debout sur le cercueil des civilisations, le dernier humain crache : "J'expulse les institutions de ma cage thoracique". Vomi de civilisations ou laxatif anarchique, ce cri de rage
prétentieux m'a épuisée, se refermant de lui-même page 296 sur cette magnifique envolée : "Je ne suis pas un bibliothécaire de province, je marche et je me lève seul".
Le dernier monde, Céline Minard, Denoël, janvier 2007, 514 pages, 25 euros
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