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Il était une fois l'Afrique Noire profonde à l'orée du XIXème siècle. Né sous le signe d'une prophétie, Chaka au pénis trop
court avance vers un destin hors du commun et méconnu sous nos tropiques. Thomas Day entreprend de nous le conter sur le ton de la légende, de l'épopée et de l'Histoire, sur le mode sanguinaire
et violent qui fut celui de l'empereur des Zoulous.
"Nous, Zoulous ! avons une prophétie. Cette prophétie dit qu'un jour un enfant aux grands pouvoirs naîtra et qu'avec lui s'ouvrira une ère durant laquelle "amazoulou" signifiera terreur et
mort pour tous les peuples du pays n'guni et des pays voisins, jusqu'à la mer, au sud, à l'ouest et à l'est, jusqu'aux Montagnes-De-La-Lune, au nord. Nous, Zoulous ! avons une
prophétie…".
Pourtant Chaka naît sous le signe de la faute : n'ayant pas de fils de ses quatre premières femmes, le prince Senza N'Gakona prend Nandi avant de se marier avec elle. Il doit bannir le fils ainsi
conçu et tant attendu car Senza N'Gakona est faible. Chaka paiera la faiblesse paternelle par les quolibets et humiliations qu'il devra endurer jusqu'à ses treize ans, âge auquel la sorcière
Isangoma le scarifie rituellement afin, dit-elle de le rendre invincible. Il lui faudra au moins une immense confiance en lui pour déjouer les tentatives de meurtres de ses demi-frères (nés après
lui), pour tuer Ananzi, le dieu de la forêt et devenir un guerrier craint du roi des rois, Dinguiswayo lui-même.
Par la guerre, la ruse et la force, Chaka se taille un empire auquel il donne des lois et des frontières. Peu porté sur les femmes, il aime la guerre pour tuer et agrandir son territoire. Rien ne
lui résiste ou presque, sauf les intraitables Blancs qui refusent de lui donner la poudre qui donne vie aux bâtons cracheurs de mort.
Pour l'avoir entendu à la radio, je peux dire que Thomas Day connaît très bien son sujet. Les sources, quoique peu nombreuses, lui ont permis de s'emparer de cet homme qui nous est si étranger,
au sens premier d'étrange. Loin de l'Afrique fantasmée des cannibales, il nous fait découvrir des peuples fascinants et tragiques à l'aube d'une nouvelle ère, celle de l'esclavage à grande
échelle et de la colonisation. En plus de cette prophétie qui lui prédit une mort terrible, le lecteur connaît la fatalité qui pèse sur cette Afrique sauvage et convoitée. Malgré sa force, Chaka
en devient fragile puis fou et incarne la fin d'une civilisation qui n'en avait pas besoin d'une autre pour être fière et forte.
On regrettera peut-être que Thomas Day ne donne pas à Chaka l'ampleur grandiose qu'il mérite. On sort déçu des scènes de batailles, des rencontres et négociations entre Blancs et Noirs… Certaines
scènes, rapidement décrites, auraient mérité de plus amples développements, à mon avis. Par exemple, celle où les Anglais, invités par Chaka à une chasse à l'éléphant, sont obligés d'assister à
la mise à mort d'un chef de village par empalement. L'anecdote dure à peine une page alors que ces Européens perdus au cœur du monde noir passent la nuit entre cogitations et désespoir de jamais
revoir la mère patrie. C'est pourtant des Anglais que viennent les effrayantes descriptions de Chaka, aussi sauvage que majestueux "et la noblesse générale de son visage, renforcées par le
dessin de ses lèvres éversées, lui donne des allures de pharaon".
L'auteur a beaucoup plus mis l'accent sur les conflits familiaux et la vie personnelle de l'empereur zoulou, tout en suivant la piste magique ouverte par la sorcière Isangoma. Derrière Chaka le
lecteur aperçoit les figures d'Œdipe, d'Alexandre le Grand et du Christ, autant de figures mythiques jalonnant la trame d'un destin tragique.
"Terreur et mort pour tous les peuples de l'Afrique Australe", tel fut Chaka aux yeux de l'Histoire dont la vie et la mort nous sont ici contées avec retenue et parfois un peu trop de
sobriété.
Le trône d'ébène, Thomas Day, Le Bélial, mai 2007, 281 pages, 15 euros
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