Bienvenue

Ce blog remplace mon site Mesimaginaires.com qui après quatre ans d'existence a pris sa retraite. Avec ce blog, vous pouvez désormais réagir aux billets et chroniques en laissant vos commentaires.
En vous inscrivant à la newsletter, vous serez informé de chaque nouvel article mis en ligne.  

Dimanche 20 avril 2008

Lo-Nast est une ville du futur où le crime a été banni grâce à une technologie avancée. Pourtant, un homme vient d'être assassiné d'un coup de poignard dans le ventre. Même la police ignore l'identité de la victime. Mais Aléa, quatorze ans se met sur la piste pour décrocher la prime promise. Avec ses amis, elle va déjouer les pièges de l'Imbroglius, ou Internet bigrement amélioré, pour découvrir le coupable.
Une enquête traditionnelle donc, où des adolescents qui tantôt s'aiment, tantôt se disputent, mettent en commun leurs capacités pour découvrir la clé du mystère. Quelques bonnes idées parcourent le texte, comme les nœuds de vipères et autres nœuds de pieuvres qui gardent concrètement les secrets bien cachés de l'Imbroglius. Ce qui m'a le plus gênée, c'est la faiblesse du vocabulaire. La technologie avançant, les hommes ont inventé par exemple, de nouveaux moyens de se déplacer. Aléa et ses amis peuvent donc voyager sur des réacchaises, qui se baladent à peu près toutes seules et atterrissent sur les atterri-terrasses de chaque appartement. Quoique les hommes du 23ème siècle inventent, il y a vraiment peu de chance pour qu'ils aboutissent au mot d'atterri-terrasse, vu l'anglicisation et la simplification vers lesquelles tend notre langue. Que dire du navettoport… Même les mots désignant ce qui se mange semblent tout droit sortis d'un bouquin de SF des années 60 : sirox, ketchox, croquex de poulet… il n'y a guère que le caviar à ne pas changer de nom, comme quoi il n'y a que les bonnes choses qui durent… Un mot également des gadgets technologiques qui sortent les héros de situations critiques : torche électro-atomique, caméléoplasma, boussole atomistique… tout cela n'est guère convaincant. De fait, l'ambiance cyberpunk propret (la violence en moins) perd en crédibilité.
Mais bon, les ados auxquels le livre est destiné ne seront certainement pas aussi tatillons que moi. Car l'intrigue est efficacement menée et les diverses personnalités bien élaborées. Par exemple, la mère est une ancienne détective privée que l'absence de crimes a mis au chômage, ou plus exactement a contraint à un boulot de paperasserie. Le personnage n'est pas fouillé, car l'intrigue ne le demande pas, mais on est reconnaissant à l'auteur de ne pas en avoir fait à la fin une wonder woman transformée par les exploits de sa fille.
A proposer à ceux qui aiment les policiers et/ou la science-fiction.

Imbroglius, Kim Tran Nhut, Magnard Jeunesse, septembre 2004, 283 pages, 12 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

Saint-Jacques de Compostelle de nos jours… Une force maléfique plane sur la ville de l'apôtre et des destins se croisent, improbables. D'abord Jacob Casavella, jeune producteur de cinéma et télévision, dynamique, ambitieux et longues dents. Sauf qu'il est né le jour des morts, au moment où la Berenguala sonnait son maudit treizième coup, dit-on. Au même moment, mourait le frère de Miguel Ramirez, jadis membre de la confrérie du Saint-Sépulcre et un des narrateurs de cette histoire. Et puis il y a Célia, écrivain, qui souhaite rencontrer Jacob pour discuter du scénario qu'elle lui a envoyé. Mais Jacob ne veut pas la voir car il se sent harcelé par une présence invisible qui l'obsède. Elle insiste, le suit… et rencontre Ramirez qui lui aussi suit Jacob mais pour une toute autre raison : le jeune producteur a déposé sa candidature au poste de gardien des clés de la confrérie et s'il est élu, c'en sera finit de la confrérie, voire même de Compostelle. Mais voilà, Jacob n'a pas posé sa candidature, on l'y a forcé et il perd peu à peu tout moyen de contrôler son destin.
Ce polar fantastique à l'intrigue compliquée ne se laisse pas pénétrer facilement. Il y a plusieurs niveaux de narration qui se croisent mais dont aucun ne donne vraiment de moyen de comprendre l'intrigue (ce n'est qu'à la toute fin qu'est racontée le malheur qui est à l'origine de la légende). Chaque personnage a un point de vue et un petit bout de l'histoire, au lecteur d'assembler le puzzle. Le plus savoureux des personnages est sans doute Ramirez, narrateur à la première personne, qui écrit une longue lettre à ses confrères du Saint-Sépulcre qui viennent de l'exclure. Il se justifie donc tout au long de son texte pour expliquer le bien fondé de ses démarches. De digressions en digressions, il stigmatise la société espagnole, qui bien sûr, n'est plus ce qu'elle était, car on ne respecte plus rien, on ne croit plus en rien, et l'Eglise qui se modernise, et mes courbatures et regardez-moi tous ces vauriens dans les rues… Le lecteur n'a q'une envie, celle de savoir ce que Ramirez a vu et découvert en suivant Célia et Jacob, mais lui vitupère encore et encore, c'est un procédé narratif efficace et maîtrisé. Si vous êtes assez patient pour supporter les jérémiades, vous traînerez avec plaisir et intérêt dans les rues de Compostelle, jusqu'à la découverte du terrible secret de la basilique qui pour être fantastique n'en est pas pour autant très original. Le flot des thrillers mystico-ésothériques est loin de se tarir, vous passerez un bon moment avec cette version espagnole grâce à la verve de Ramirez et à la construction narrative dynamique.

 

Le treizième coup de minuit (2002), Suso de Toro traduit de l'espagnol par Anne Bragance, Editions Jacqueline Chambon, février 2006, 331 pages, 20 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

Paul Thiès nous emmène dans une société du futur où chaque être humain de la caste supérieure des Alphas a son clone. Considérés comme des déchets, les clones sont dépecés ou découpés selon les besoins des originaux, afin d'assurer leur survie et de leur permettre tous les excès. David a toujours été troublé en regardant sa copie, mais pas au point d'oublier ses amis, ses soirées et sa vie facile d'adolescent favorisé. Mais le jour où il se réveille dans la peau de son clone, traqué, emprisonné, maltraité, il prend conscience de l'humanité de ce deuxième lui-même qu'il considérait comme un réservoir d'organes.
On lit parfois de trop gros romans de SF mais celui-ci aurait mérité quelques pages supplémentaires. En effet, on regrette les trop courtes scènes d'action et le manque de densité psychologique du personnage principal. Cet adolescent qui découvre la valeur des êtres humains, quelle que soit leur origine ou leur classe sociale, méritait d'être plus approfondi et ses réflexions moins à l'emporte-pièce.
Sur un thème classique en SF, Paul Thiès nous livre cependant un roman facilement abordable dans lequel les jeunes lecteurs ne manqueront pas de repères. La famille, l'école, les amis et l'amour dessinent l'univers quotidien d'un jeune garçon qui découvre le doute. Malgré quelques incohérences, la société basée sur les rapports de force et le pouvoir est crédible et renforce la vraisemblance de l'ensemble.

 

Alpha clone, Paul Thiès, Rageot (Métis), septembre 2004, 123 pages, 6,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

La planète Anthéa, décimée par les guerres, ne compte plus guère que trois cents habitants. Pour tenter de la sauver, ses habitants envoient sur Terre un des leurs, qui devient dès lors Mr. Newton. Malgré de multiples difficultés d'adaptation, dont celles liées au corps ne sont pas les moindres, Newton acquiert une apparence humaine et s'intègre dans une société américaine où il parvient à faire fortune. Inventeur de génie, au QI jamais vu, il rassemble ingénieurs et techniciens de talent pour construire un vaisseau susceptible d'aller sur Anthéa et de ramener ses semblables qui se meurent. Miné par la mélancolie et la solitude (il ne peut dévoiler son identité et son projet sous peine de passer pour un envahisseur), Newton se met à boire et à perdre espoir…
Voici un livre à conseiller à tous ceux qui croient encore que la SF se résume aux extraterrestres gluants. La très forte densité psychologique de cet homme tombé du ciel donne à ce texte une dimension mélancolique et grave, une tonalité humaine incarnée en son temps par le grand et fragile David Bowie des années 70 (dans L'homme qui venait d'ailleurs de Nicolas Roeg).
Une bonne réédition.

 

L'homme tombé du ciel (1963), Walter Tevis, traduit de l'anglais (américain) par Nicole Tisserand puis Pierre-Paul Durastanti, Gallimard (Folio SF n°154), mars 2004, 269 pages, 6 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

Un bandeau publicitaire entoure ce livre : "Préface de Nicolas Hulot". Avec une belle couverture représentant des plongeurs nageant au milieu des baleines, on comprend immédiatement que le nouveau roman d'Arthur Ténor traite de préservation de la Nature. Plus exactement de la mer, cet univers profond et encore mystérieux qui permet toutes les extrapolations littéraires. Nous sommes en l'occurrence à la fin du XXIème siècle dans un monde encore à peu près vivable pour qui supporte la violence des médias, la surveillance exacerbée et une bonne dose de pollution environnementale. En tout cas l'Homme ne vit pas encore sous cloche, il peut même partir en vacances en Amérique Centrale, y faire de la plongée sous-marine et s'émerveiller encore devant les beautés de la Nature. C'est ce que font Jason Bastian, dix-sept ans, et son père, en habitués de la mer. Mais voilà qu'à l'occasion d'une plongée très près d'un rassemblement inexplicable et exceptionnel de baleines, Jason est "kidnappé" par ces géantes des mers. Que lui disent-elles ? Lui-même ne le comprend pas mais, remis de son aventure et de ses émotions, il sent dans ses tripes qu'elles ont voulu lui dire quelque chose. Il n'a pourtant pas beaucoup le temps de réfléchir à cette incroyable expérience car il assiste à une chasse clandestine à la baleine : témoins gênants, Jason et son père sont torpillés par des braconniers des mers qui les ratent de peu. Poussé par son meilleur ami, le jeune garçon va accepter de diffuser son expérience dans les médias et il devient bientôt une star : le héros des abysses.
Le lecteur ne saura que très tard ce qui a motivé l'attitude des baleines. Du coup, on ne comprend pas bien pourquoi Jason devient un héros puisqu'il n'a pas comprit leur message. L'attention se fixe plus sur l'engrenage des médias qui font d'un inconnu un héros puis à nouveau Monsieur Tout-le-Monde avec des conséquences psychologiques désastreuses, ainsi que sur l'histoire d'amour du héros et de la jeune Chandra, fille de diplomate comme lui. Car il faut préciser que Jason n'est pas un ado de base : il est le fils d'un membre de l'ONU, qui préfère Canal-aventure ou Culture-monde à la web TV regardée par dix-huit millions de spectateurs… je n'en connais guère et ça rend l'identification un chouia difficile.
A mon avis, Arthur Ténor a privilégié la dénonciation, au détriment de l'intrigue. Sans exagérer et avec réalisme, il décrit la planète telle qu'elle sera demain si l'on ne fait rien : "la planète est devenue trop petite pour dix milliards de consommateurs avides de tout […] ; la nature se meurt en silence, vampirisée par les besoins des industriels, empoisonnée par les pollutions les plus diverses". La Nature est une cause à défendre et c'est ce que décide de faire Jason, insignifiant humain parmi des milliards mais humain responsable pour ses semblables et les générations à venir. L'engagement écologique est un thème fort pour les adolescents d'aujourd'hui. Qu'un écologiste médiatisé comme Nicolas Hulot soutienne une fiction telle que ce roman ne peut que la crédibiliser et encourager les jeunes à suivre cette voie généreuse. Et au moment où tout le monde se rend compte que la planète va mal, il est toujours bon de rappeler à chacun qu'on y peut quelque chose.

L'avis de Cécile sur Ricochet

Les messagères des abysses, Arthur Ténor, Grasset Jeunesse (Grand Format Hors Collection), avril 2007, 256 pages, 14,90 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

Imaginez un monde dans lequel les voyages vers des pays imaginaires sont devenus possibles… Quelle aubaine pour Thédric Tibert, étudiant en droit qui s'ennuie dans la vie. Ses économies en poche, il pousse la porte d'une agence de voyages et n'a plus qu'à choisir sa destination vers les infinimondes de l'imaginaire. Pour lui, ce sera le Royaume des Sept Tours pour un raid "émotions fortes". Et il va en avoir des émotions car il arrive tout pile au moment où le pacifique royaume se fait envahir par l'Immonde. Et il ne tardera pas à se rendre compte que cette invasion a un rapport direct avec sa présence. Empêché par la guerre de rentrer dans notre monde, Thédric va devoir fuir et trouver de l'aide auprès de ses amis, les guerriers litiths.
Arthur Ténor s'engouffre dans la brèche grande ouverte de la fantasy, en la mâtinant quelque peu de science-fiction puisqu'il est au début du roman question de tunnels quantiques permettant les voyages dans les infinimondes. On trouvera donc dans ce roman (en un volume pour l'instant) de l'aventure, des combats, des créatures du bestiaire merveilleux (elfes, orques) et des créatures originales (équineds, mi-chevaux mi-fauves volants et radons, mi-rats mi-araignées par exemple), de l'amour et des sentiments forts (amitié, honneur, courage). Thédric narrateur (il s'agit de ses carnets de voyage) est rapidement sympathique, timide et pas fier, émouvant et souvent éberlué. Les braves soldats litiths ne le sont pas moins et la belle Lizlide est l'elfe dans toute sa splendide féminité, aucun doute… L'humour désamorçant les situations potentiellement dramatiques, les situations dangereuses ne le sont jamais vraiment. La fin échappe heureusement au coup de baguette final qui aurait permis que tout s'arrange pour le mieux pour tous les personnages. L'émotion par contre est bien présente et le suspense aussi, un peu (si on a entre 10 et 15 ans…).
On sent une grande admiration pour Tolkien derrière ses lignes (l'assaut de Minas Tirith, les elfes Arwen et Galadriel…), hommage ou emprunt, peu importe. Au moment où l'interminable et poussif Eragon fait un malheur, je rallie sans problème ce roman de fantasy traditionnel. J'aurais peut-être aimé un chouïa plus d'originalité et de distance par rapport aux classiques du genre, mais le public cible n'a certainement pas les mêmes exigences. Il remarquera très belle couverture conçue uniquement en images numériques par Thierry Humbert, en collaboration avec l'auteur. C'est une invitation à l'aventure, au dépaysement, au grand saut vers l'Ailleurs.

Voyage extraordinaire au royaume des Sept Tours, Arthur Ténor, Plon Jeunesse, octobre 2006, 317 pages, 13 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

2073, République de Grande Asie (État créé en 1997 en lieu et place du Japon). Comme chaque année, cinquante classes de 3ème vont participer au Programme. La classe de 3ème B du collège de Shiroiwa, département de Katawa, compte quarante-deux élèves qui vont devoir s'affronter jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un, ou une. S'affronter c'est-à-dire s'entre-tuer. Pour cela, ils sont tous emmenés sur une île désertée pour l'occasion et nantis d'une arme chacun, tirée au hasard. Ça va de la fourchette au fusil mitrailleur en passant par l'arbalète, le fil à pêche et le pic à glace : inutile de dire qu'ils ne sont pas égaux devant la mort qui les attend. D'autant moins qu'ils sont très différents tous ces adolescents. Il y a le couple d'amoureux (qui ne fera pas long feu), le jeune timide trop confiant, la belle salope, le vrai tueur, le débrouillard… et même celui qui a gagné à ce jeu l'an dernier dans son lycée car, pas de bol, il a redoublé et déménagé et le sort lui donne le droit de recommencer… un bon cheval pour les gros bonnets qui depuis leurs bureaux engagent les paris.
Le lecteur suit tous ces jeunes gens et jeunes filles en assistant au massacre. S'il est évidemment un peu compliqué de repérer tout le monde dans cette avalanche de noms asiatiques (mais les éditeurs ont le bon goût de préciser au début du livre et en cours de lecture s'il est question d'une fille ou d'un garçon), le lecteur ne tarde pas à en repérer quelques uns à la stratégie potentiellement gagnante, ou d'autres plus attachants ou plus méchants. L'auteur construit ainsi un passé à quelques uns des protagonistes qui ainsi ne sont pas que de simples pantins dans un chamboule-tout. Dès le départ, Shûya Nanahara, le génie du short-stop, fait figure de personnage principal (mais pourquoi fait-il donc confiance à Shôgo Kawada qui lui a vraiment l'air louche !), de même que l'impitoyable chef de gang Kazuo Kiriyama (en plus, il a hérité d'un fusil mitrailleur, y'a pas de justice !) et la belle et perverse Mitsuko Sôma.
Je m'attendais à quelque chose d'assez violent, et bien sûr, je n'ai pas été déçue. Mais ce livre n'est pas seulement une accumulation de scènes de meurtres, dont certaines sont vraiment insupportables (les doigts dans les yeux et le pic à glace dans la gorge, le crane défoncé à coups de batte de base-ball…etc). Il y a vraiment à la base une réflexion sur la violence et son rôle dans les sociétés fascistes : pour survivre dans une dictature, il faut abdiquer ses principes. En organisant officiellement ce jeu, l'État montre à la population que seuls les plus forts s'en sortent et que la confiance, l'amour ou l'amitié sont des valeurs totalement improductives et dépassées. Dans une ambiance survoltée, l'auteur parvient à alterner les scènes très violentes, les conversations amicales, les adieux émouvants. Ce n'est pas pour rien que ce roman a déclenché la polémique au Japon car il sape les bases mêmes de cette société de l'élitisme, qui s'est éloignée de sa sagesse ancestrale, et de la soumission à l'autorité. L'auteur analyse également très bien les motivations de tous ces adolescents : certains refusent de participer et se cachent ou se suicident ; d'autres y sont contraints par légitime défense ; d'autres enfin s'en donnent à cœur joie et foncent dans le tas. Et là encore, Koushun Takami dérange car ces adolescents ont quinze ans et montrent déjà toute la perversité de l'âme humaine : ambition, envie, haine, concupiscence… Ils n'en sont pas moins adolescents et très préoccupés par leurs histoires de cœur : Toshinori aime Noriko qui ne le sait pas et aime Shûya sans le lui dire. Le roman est parsemé des ces petites histoires qui semblent si futiles au regard de la situation, mais donnent un surcroît d'humanité à ces enfants devenus des machines à tuer. Les personnages, pourtant nombreux, en acquièrent une grande densité psychologique, à l'opposé de l'esprit manga qui privilégie l'action et les scènes violentes.
N'oublions pourtant pas qu'un des éléments principaux de ce roman est l'absurdité et l'humour très noir qui en découle et permet (ouf) une certaine distanciation. Ce jeu n'existe pas, messieurs mesdames, on peut donc s'arrêter à une apologie de la violence, si on veut : l'auteur se serait amusé à accumuler les scènes gores pour le plaisir, comme dans un film d'horreur. Moi je penche plutôt pour une mise en abîme qui permet de dénoncer des principes et des comportements. La charge n'est pas neutre non plus contre ces futurs citoyens, adolescents en socquettes et uniformes qui s'accommoderaient bien d'une dictature pourvu qu'on les laisse mener la petite vie qu'ils ont choisie.
De cet étonnant roman fut tiré un film en 2000 (de Kinji Fukazaku avec entre autres Takeshi Kitano) puis un manga en 2003.

L'avis d'Hervé sur la Yozone (pas du tout d'accord avec moi...)
 

Battle Royale (1999), Koushun Takami traduit du japonais par Tetsuya Yano, Patrick Honoré et Simon Nozay, Calmann-Lévy (Interstices), août, 2006, 566 pages, 24 €
Réédition Hachette Jeunesse, janvier 2008

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

Plusieurs races se partagent la Quadriterre : humains, Awiens, Rhydanes et insectes, ces derniers étant les envahisseurs. Le narrateur, Jant Shira, est le messager de l'empereur, rendu immortel par celui-ci comme les autres membres du Cercle ainsi devenus des Eszai. Mais cette immortalité n'est pas éternelle, elle tient au bon vouloir de l'empereur San qui l'accorde aux meilleurs de chaque corps de métier afin que la Quadriterre dispose d'une réserve de sagesse et d'expertise, rendue nécessaire par la guerre et la disparition de dieu (qui a promis de revenir après mille ans d'absence).
En attendant il faut lutter contre des Insectes gros comme des poneys qui grouillent et déciment les armées d'élite. Mais les Eszai ne sont pas parfaits et leurs querelles nuisent à la défense de l'empire.
Jant, moitié Awien par son père (ce qui lui vaut une paire d'ailes) moitié Rhydanne, a bien du mal à conserver sa place au sein du Cercle car il se drogue et menace sans cesse l'équilibre des champions. Lors de ses trips au cat, il rejoint un lieu intermédiaire appelé le Passage, où certains morts vivent une autre vie. Grâce à Jant, c'est là que se retrouve le roi Corlieu Rachiswater, tué par les Insectes qu'il va devoir bientôt affronter dans le Passage.

Pour un premier roman, ce texte est plutôt original. L'éternité provisoire, le monde parallèle, l'univers du Château (où l'on porte épée et tee-shirt) et le héros drogué sont des éléments qui, traités avec efficacité, soutiennent l'intérêt. Avoir confié le déroulement du récit à un héros fragile et conscient de ses faiblesses donne également au texte une dynamique faite de hauts et de bas, donc efficace. Voilà enfin un héros qui ne cherche pas à faire le Bien, qui fuit ses responsabilités, a peur de la mort, parle un argot réjouissant et passe son temps à scier la branche sur laquelle il est assis : un anti-héros.

C'est à l'intrigue que L'année de notre guerre doit ses faiblesses. Il s'agit de repousser les Insectes dont on ignore la provenance et les motivations. Les armées se battent pendant tout le roman sans y parvenir et leur mettent une raclée dans les deux dernières pages, sans que l'on comprenne vraiment pourquoi, enfin moi en tout cas, je n'ai pas compris ce qui renversait soudainement la situation. Certaines scènes un peu rapides auraient mérité plus de développement (les scènes de bataille, Jant en état de manque…). Les relations entre les personnages sont intéressantes, tout en joutes verbales et menaces, mais n'ont pas forcément de rapport avec l'intrigue. Le personnage de la petite Cyan, fille illégitime de deux Immortels, aurait mérité d'être développé car on s'attend à ce qu'elle tienne un rôle dans le dénouement. De même, les personnages du Passage sont abandonnés sans que l'on soit informé de leur sort. Et enfin : quid de dieu ? Ce livre, annoncé comme un one shot mériterait une suite.

 


L'année de notre guerre (2004), Steph Swainston traduite de l'anglais par Mélanie Fazi, Bragelonne, avril 2005, 352 pages, 20 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

"Le chaman arriva en ville juste avant le coucher du soleil, monté sur un cheval mort".
A Medicine Rock, le shérif voit de plus en plus de ces créatures étranges et maléfiques venues le défier jusque devant son bureau. Il aurait bien besoin d'un adjoint, alors pourquoi pas le jeune Jake Bird, fils d'un shérif assassiné par la seule magie du verbe du diabolique général Custer. Mais Jake ne se connaît aucun talent, pas plus en visionnage qu'en bavardage ou en gribouillage.
Pourtant, depuis la fin de la guerre de Sécession, les talents se sont multipliés sur cette partie de l'Amérique et toutes sortes de monstres font régner le malheur sur le désert et les quelques habitants qui lui reste. Poursuivi par les génies du Mal, Jake va développer et apprendre à utiliser ses talents. Contraint de fuir Medicine Rock, il va au-devant de villes fantômes, manquant d'agoniser dans le désert. Il rencontre l'amitié, la peur et l'injustice, l'amour aussi.

Cette heureuse réédition met en lumière ce texte original passé plutôt inaperçu à sa sortie. Original car la fantasy sort ici de son carcan médiéval pour se glisser habilement dans un décor de saloons et de pistes poussiéreuses : les Etats-Unis au sortir de leur guerre civile retrouvent des héros possédés par une volonté diabolique de toute puissance. On en transpire tellement il fait chaud, et la poussière vous colle la langue au palais. L'auteur n'est pas avare de scènes bien sanguinolentes où tripes et boyaux retrouvent souvent une seconde vie. Le jeune héros n'est ni couard ni courageux, il aimerait juste être ailleurs, au calme. Les circonstances le poussent à se dépasser et cherchant au fond de lui-même, il y trouve juste assez de magie et de trouille pour affronter le verbe assassin.
A conseiller à tous ceux que les scènes un peu sanglantes ne rebutent pas.

 


La tour du diable (1996), Mark Sumner, traduit de l'anglais (américain) par Patrick Couton, Pocket, mai 2005, 406 pages, 7,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 20 avril 2008

A la fois étrange et inoubliable, ce roman de Sturgeon entraîne le lecteur dans un univers unique et complexe. Horty en est le héros, jeune orphelin recueilli par la famille Bluett pour des raisons de prestige social. Mais Armand Bluett déteste Horty, il l'enferme, le frappe, jusqu'au jour où il lui coupe trois doigts en les lui coinçant dans une porte.
L'enfant s'enfuit avec son unique jouet, un diable en boîte aux yeux de cristal. Il fait un détour par chez Kay Hallowell, la seule petite fille qui ne trouve pas étrange qu'il mange des fourmis. Il lui fait promettre le secret sur sa fuite et saute dans un camion, celui d'une troupe de forains. Il va être pris en charge par deux naines de ce cirque où il va passer une dizaine d'années, après avoir été soigné par Pierre Ganneval, dit le Cannibale.
Celui-ci est un ancien médecin mis au ban de la société. Il hait ses semblables et se livre à des recherches très personnelles : de mystérieux cristaux permettent de fabriquer des êtres grâce à leurs rêves. Selon les cristaux, ces créatures rêvées sont plus ou moins réussies, souvent moins et dans ce cas servent de monstres dans le cirque de Ganneval. Il comprend qu'en possédant les cristaux qui ont servi à la réalisation d'un être, il peut faire souffrir l'être en martyrisant les cristaux.
Savant fou et médecin de l'horreur, Ganneval a appris à diriger les cristaux pour nuire à l'humanité car ils ont la faculté de reproduire à l'identique des cellules qui se trouvent à côté d'eux (œufs de moustiques porteurs du paludisme, serpents venimeux…). Et il cherche l'humain intermédiaire, capable de réellement communiquer avec les cristaux afin d'en faire son esclave. Horty serait-il cet humain ? C'est ce que pense la naine Zena qui cache au Cannibale que les trois doigts de l'enfant se sont régénérés naturellement. Mais un jour Horty devra fuir le Cannibale. Il retrouvera alors Kay harcelée par les avances gluantes d'Armand Bluett devenu juge et commencera sa vengeance : Horty qui est resté nain pour le cirque a moyen de plier son corps à ses désirs et de devenir Kay Hallowell le temps de se venger.

On se sent plutôt mal à l'aise dans ce quotidien où surgit le très étrange : qui est cet Horty, à quoi servent ces cristaux ? Le Cannibale, image du pourvoir tyrannique, les utilise pour anéantir ses semblables et faire souffrir. Mais des êtres tels que Horty ont-ils leur place en ce monde ? Sont-ils des êtres de foire comme ceux exhibés dans les cirques ? Malgré son empathie pour les êtres humains différents, Sturgeon sait qu'un tel être, même supérieurement intelligent est condamné par l'humanité. Aussi injuste que soit le destin de Horty, Zena, de Solum l'homme-poisson, l'auteur des Plus qu'humains nous les dépeint comme irrémédiablement exclus ou instrumentalisés. Le personnage malsain du Cannibale est extrêmement fort et bien réussi, il trouve à mon avis son écho dans les vampires psychiques de L'Echiquier du Mal qui jouissent de la souffrance de leurs semblables et la pratiquent à des fins ludiques.

 


Cristal qui songe (1950), Theodore Sturgeon, traduit de l'anglais (américain) par Alain Glatigny, J'ai lu, mars 1992 (épuisé), 307 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

Présentation

  • : Mes Imaginaires
  • mesimaginaires
  • : science-fiction fantasy fantastique livres
  • : Bibliothécaire, chroniqueuse littéraire, formatrice et organisatrice de manifestations autour des littératures de l'Imaginaire, je vous souhaite de trouver sur ce blog ce que vous cherchez. Pour me contacter, cliquez sur le lien "Contact" tout en bas de cette page

Catégories

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus