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Dimanche 20 avril 2008

Aux dires de l'auteur, qui commente chacune de ses nouvelles, ces treize textes ont été écrits entre 1982 et 1993. On a donc un bon aperçu des talents de nouvelliste de Weiner qui aborde plusieurs thèmes, tout en restant dans le genre souvent ironique et caustique des extra-terrestres. La première nouvelle "Envahisseurs !" est un hommage réussi à Fredrick Brown et son hilarant Martiens, go home ! : des ET débarquent sur Terre en passant par la salle de bain du narrateur qui est le seul à les voir… Dans " Un homme nouveau ", des ET enlèvent des hommes d'affaires surbookés et les remplacent par leurs clones, pour le plus grand bonheur de leurs épouses : cynique à souhait… D'autres ET viennent sur terre pour réaliser des rêves (la suite d'une mauvaise série TV dans "Signaux lointains" et un groupe de rock dans "Le groupe venu de la planète Zoom"). Certaines nouvelles nous amènent aux frontières du réel, à la limite de la vie et de la mort (" Fugue " et "La carte") tandis que " La machine de Klein " nous informe des dégâts causés par la SF sur un fan : attention, vous n'allez pas tarder à vous fondre dans la Quatrième Dimension…

 

Envahisseurs !, Andrew Weiner, (traducteurs multiples), Gallimard (Folio Sf n°132), mars 2003, 425 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Placez un petit bonhomme en bois dans un monde d'êtres humains, et vous aurez un roman sur la différence ; qu'il soit orphelin, déraciné et fugitif, et l'on aborde le thème de la difficulté d'être au monde ; si la tendresse est au rendez-vous et la cruauté là où on ne l'attend, vous éviterez tout manichéisme ; en saupoudrant largement d'aventures intrépides et de paysages exotiques, vous obtiendrez un sympathique roman des plus divertissants. Le jeune Till Brindille a un jour jailli d'un œuf sous le regard de Pignon et Coloquinte Grenier qui vont devenir ses parents adoptifs. Petit garçon de bois très travailleur, inépuisable, Till s'intègre bien à sa communauté tranquille, travaillant dur et bon camarade. Jusqu'à ce qu'un drame l'oblige à fuir : en jouant, il percute Biberon Martin qui meurt immédiatement sous le choc. C'est le début d'une fuite en avant qui va amener Till à rencontrer quantité de gens qui forment une galerie de portraits vivante et exotique : les ouvriers de la confiturerie (avec son méchant contremaître et la si belle fille du patron), les membres d'une troupe de cirque (pour laquelle il deviendra l'enfant boulet de canon), l'équipage d'un bateau puis les pirates du marquis de Renardin de la Tourbeclaire. C'est au cours de ces pérégrinations qu'il découvrira qu'il n'est pas unique en son genre, que là-bas, sur l'île de Montcendré vivent ses semblables, victimes (parfois consentantes apprendra-t-on) d'un terrible trafic d'esclaves. Till compte bien y retrouver sa famille et combler tous ces espoirs.
De lecture très accessible (dès 9-10 ans pour les meilleurs lecteurs) grâce à un vocabulaire et des situations simples, des phrases et des chapitres courts, ce roman mêle quotidien et exotisme, petits tracas de tous les jours et grands conflits intérieurs. L'auteur évite les pièges du sentimentalisme facile en donnant à son héros une leçon de vie très cruelle mais qui à mon avis rattrape les petites faiblesses et facilités du scénario (surtout en ce qui concerne la personnalité du trop gentil Till). La toute fin brise la cohérence du reste mais s'oublie vite. Une lecture agréable pour filles et garçons qui aiment les romans d'aventures imaginaires, en un seul tome.

Les aventures fabuleuses, cocasses et incroyables de Till Brindille (2005), Cat Weatherill traduite de l'anglais par Emmanuel Pingault, Milan, 2ème trimestre 2006, 318 pages, 13 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Ce texte réjouira tous les amateurs de littérature. C'est en effet un livre exigeant, qui demande à son lecteur d'être à la fois attentif et imaginatif afin de reconstituer l'histoire dans ses blancs. Car on ne sait pas grand-chose de Jorian Murgrave, et guère plus au début qu'à la fin. On le dit ennemi des Hommes, venu d'une autre planète dans un dessein meurtrier. Alors on le pourchasse, aussi impitoyablement et cruellement que l'assassin multirécidiviste qu'il semble être. Mais entre les extraits de biographies, écrites par biographes qui ont tous été sauvagement assassinés, se glissent des textes du murgrave lui-même, qui laissent deviner une autre personnalité, extrêmement trouble, mais prophétique, voire mystique. Jorian Murgrave a une mission à accomplir sur Terre, nous ne saurons jamais laquelle mais elle passe par l'incarnation et la souffrance. Alors le murgrave souffre pour on ne sait quelle rédemption, pour une révolution à laquelle même les hommes ne croient plus.
Ce flou narratif est par ailleurs entretenu par une atmosphère teintée de surréalisme qui souligne l'absurdité de ce monde : " Il haussa les épaules et l'ombre d'une bicyclette se profila devant lui, en réponse à la danse blanche de son visage. Le chemin était fort encombré : le temps, en se retirant, n'avait pas laissé sur la grève que des poissons et des crabes. Il avait aussi saupoudré les rues d'un nombre incalculable de bicyclettes aux formes trapues et paisibles, au parfum d'écrous et de rayons prolétariens ; sans parler de toutes les silhouettes transparentes et friables des humains, pétrifiés dans un somnambulisme crépusculaire. Quand il se déplaçait, Thü évitait d'effleurer tout ce bric-à-brac : il n'avait aucun désir de se tacher les mitaines. "
Dans ce texte labyrinthique, le lecteur doit se trouver son propre fil directeur sous peine d'être submergé par le non-sens. Cette démarche acceptée, il peut alors plonger dans un texte extrêmement littéraire, à la langue riche et souvent surprenante, parfois déroutante car il n'est pas de mots exacts pour dire la monstrueuse ambiguïté de Jorian Murgrave. On ne lit pas souvent d'aussi beaux textes de science-fiction : profitez-en s'il s'ennuie silencieusement sur les rayons de votre bibliothèque.


 Biographie comparée de Jorian Murgrave, Antoine Volodine, Denoël (Présence du Futur n°397), 1985, 216 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Ernest Fielding, jeune écrivain ambitieux, est fasciné par Reginald Clarke, comme le furent avant lui le peintre Ethel Brandenbourg et Abel Felton, jeune garçon talentueux. Mais alors que ceux-ci ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, le génie de Reginald Clarke brille plus que jamais sur New York et domine le monde artistique et culturel de ce début de 20ème siècle. Tout admiratif qu'il est, Fielding n'en est pas moins extrêmement surpris quand il entend Clarke lire sa nouvelle pièce de théâtre qui est exactement celle qu'il a mentalement écrit. Avec l'aide d'Ethel Brandenbourg, le jeune écrivain comprend peu à peu que Clarke appartient à cette sorte de vampires que l'on dit psychiques : il peut absorber l'énergie créatrice d'autrui.
Ce texte de 1907 trouve ici sa première traduction française grâce à l'heureuse initiative de Jean Marigny, notre grand spécialiste ès vampires. Non seulement il fait date en matière de vampires psychiques (thème relativement peu abordé en littérature comme au cinéma), mais il se lit de plus avec plaisir, même s'il peut paraître daté sur certains points (la grandiloquence du ton, les relations amoureuses entre les personnages…). L'angoisse du jeune Fielding n'en est pas moins poignante et crédible car Viereck sait manier les accents du doute et les arcannes de la peur. Ses tentatives désespérées pour retrouver son intégrité intellectuelle et sauver son ami ont le charme envoûtant des causes perdues d'avance, auxquelles on croit pourtant. Une lecture agréable fleurant bon le passé et le maléfice.

La maison du vampire, George Sylvester Viereck, traduit de l'anglais (américain) par Jean Marigny, La Clef d'Argent, novembre 2003, 123 pages, 15 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

La jeune princesse Tessa et ses acolytes (Ok le dragon, Larania la magicienne, Lomfor le barbare…) accostent, après des mois de navigation, sur la grande plage de ce qui semble être un continent. Ils ont fui le royaume d'Emeryn dévasté par la guerre. Ils espèrent s'établir enfin sur cette terre hospitalière, mais les aigles du groupe en aperçoivent bientôt les habitants. S'ils ne sont pas tous hostiles, comme la troupe d'enfants saltimbanques, les gobelins ne se montrent pas très accueillants…
Ce roman est le premier tome d'une nouvelle série de fantasy. Emmanuel Viau est auteur à Je Bouquine et manie très bien les concepts du genre. Il nous offre ainsi un texte de bonne tenue pour des aventures destinées à un jeune public à partir de 10 ans. Rien de très original, mais on ne s'ennuie pas.

Tessa et Lomfor - 1 : Le rivage des gobelins, Emmanuel Viau, Fleurus (Aventure), septembre 2003, 150 pages, 5 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Sachez, avant de lire Jack Vance, que vous avez affaire à l'un des plus grands noms de la SF et de la Fantasy américaine. Reconnu et célébré, le grand auteur suscite éloges et admiration. Je m'en vais donc prendre des pincettes pour vous expliquer que je me suis franchement ennuyée en lisant le premier volume d'une des ses plus récentes séries (il a commencé à écrire dès l'âge de dix ans, i.e. en 1926, et a publié pour la première fois en 1945).
Voici l'histoire de la belle Suldrun, fille du roi de Lyonesse Casmir et de la reine Sollace, parents au moins indifférents, au pire, cruels. La princesse aime la solitude de son jardin, bien éloigné des machinations politiques de son père. Mais quand on est fille de roi, on n'est pas maître de son destin, aussi son père décide-t-il qu'elle épousera un certain prince Carfilhiot. Elle résiste et n'assiste pas aux noces, et son père l'enferme définitivement dans son jardin qu'elle aime tant. Douce prison pleine de surprises puisque vient s'échouer sur la rive un beau prince que son traître de frère vient de faire passer par dessus bord. Les deux jeunes gens s'aiment, se marient clandestinement, font un enfant et décident de fuir. Mais ils sont trahis. Le beau prince parvient à s'enfuir mais est fait prisonnier ; l'enfant naît, c'est un garçon, non finalement, une fille car le garçon est confié aux fées de la forêt qui vont prendre soin de lui.
Nous sommes au tiers du roman et déjà je n'en peux plus. J'espère à chaque page que cette histoire de princesse va prendre de l'ampleur mais c'est peine perdue : on reste dans l'insipide jusqu'à la fin. Bien sûr, Vance crée un monde d'une grande densité. La géographie des Isles Anciennes est riche et irréprochable, leur politique tellement complexe qu'on s'y croirait. Souvent Vance abandonne ses héros dans une position fâcheuse pour développer longuement les manipulations et alliances nouées à la cour de Casmir le méchant roi. Les paysages traversés aussi bien en mer que sur terre sont méticuleusement décrits et participent à la cohérence de ce monde imaginaire. Mais Dieu que cette histoire est mièvre ! Je souffre peut-être d'un déficit de romantisme, mais enfin je me demande comment, passé seize ans, on peut trouver intérêt à ce roman. On peut s'accrocher à la description du monde lui-même ou aux tractations politiques (si l'on arrive à suivre), mais l'intrigue elle-même me semble extrêmement mièvre. Essayons un autre cycle…

 

 

Lyonesse - 1 : le jardin de Suldrun (1983), Jack Vance traduit de l'anglais (américain) par Arlette Rosenblum, Presses Pocket, 1985, 510 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

La quatrième de couverture dit tout, ou presque : à trente-deux ans, Jimmy, réparateur de piscines de son métier, apprend qu'il est le clone du Christ. Malheureusement, je ne vais pas pouvoir vous dire ce que je pense de ce livre sans vous en dévoiler une des péripéties. Si vous ne voulez rien savoir, arrêtez là votre lecture.
La personnalité de Jimmy est soigneusement cachée au grand public et étudiée à la loupe par toute sorte de scientifiques : ses gènes vont-ils l'amener à faire des miracles, à soulever les foules ? Le gouvernement américain va-t-il pouvoir l'utiliser pour sa stratégie au Moyen Orient ? Le roman commence tambour-battant : Didier van Cauwelaert brosse un portrait de l'Amérique juste ce qu'il faut d'ironique, sans forcer la dose ni tomber dans la caricature. Le président par exemple, homosexuel sympathique, est tout à fait convaincant. On imagine sans mal cette société où l'on fume des cigarettes vitaminées et où les obèses doivent payer une amende forfaitaire ou subir une cure obligatoire. Les scènes d'amour sont également très drôles car Jimmy semble les vivre de loin. Il faut dire que la révélation de son identité le bouleverse en profondeur (on le serait à moins) et que ses réflexions et sa progression psychologique suivent un chemin rationnel et logique qui emporte l'adhésion. Le pauvre piscinier malheureux en amour se plonge corps et âme dans son rôle avec une naïveté qui rend encore plus détestables les sbires de la CIA et du FBI.
Mais quand le lecteur apprend, page 255, que Jimmy n'est pas le clone du Christ (alors que les autres personnages ne le savent pas encore), l'intrigue perd de sa densité, sinon de son intérêt. Jimmy n'est plus qu'un pantin qui n'arrivera à rien malgré sa foi, le lecteur le sait. Il devient pathétique et pitoyable, surtout lorsqu'il décide de vivre la Passion pour une émission de télé-évangélisme qui, bien sûr, ne mène à rien. De plus, dans les cent dernières pages, Jimmy est évacué et la parole donnée à son ancienne maîtresse, une journaliste. Les belles convictions de Jimmy s'écrasent contre la bêtise et l'intérêt sans même éveiller l'espoir et le lecteur se désintéresse peu à peu du faux clone qui aurait mérité d'être un vrai prophète. C'est bien dommage.

L'évangile de Jimmy, Didier van Cauwelaert, Albin Michel, octobre 2004, 420 pages, 22 euros

 

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Elle est orpheline, elle a onze ans et se découvre des supers pouvoirs. Vous pensez avoir déjà lu cette histoire ? Jetez-y tout de même un œil car vous pourriez être agréablement surpris. Le début un peu mou et conventionnel : Kitty, la jeune héroïne est maltraitée dans son orphelinat américain car ses pouvoirs bizarres, comme déplacer les objets quand elle est en colère, effraient ses camarades. Puis elle se fait enlever et se retrouve avec d'autres adolescents dans un endroit qui s'avère être un centre de recherches clandestines sur les OGM et le clonage humain. Tous ces jeunes gens se sortent de situations dénuées de tout réalisme ou de vraisemblance, mais ça ne fait rien, le scénario fonctionne quand même assez bien car le personnage de Kitty Lord emporte la sympathie : elle connaît la tristesse, la solitude, fait tout pour avoir des amis, elle est courageuse et surtout, elle a beaucoup de chance (il faut dire que les facilités de l'intrigue sont nombreuses) : bref, c'est une héroïne aux dimensions humaines et qui peut faire rêver. Les jeunes lecteurs s'identifieront sans peine à cette aventurière malgré elle. Cette lecture facile me rappelle un peu celle du "Club des Cinq" où les héros étaient gentils, les méchants méchants et les hasards heureux. Aucune situation n'est alors inextricable, aucun destin fatal et l'on peut imaginer un conflit mondial sans jamais tourner au pessimisme. A la fin de ce premier tome, on ne sait pas qui sont et ce que veulent exactement les Néphilim, et les méchants se sont échappés. A suivre…

 

Kitty Lord - 1 : Kitty Lord et le secret des Néphilim, Mélusine Vaglio, Hachette, février 2005, 260 pages, 12 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Imaginez une société, aujourd'hui, demain, où tout individu peut-être pisté grâce à sa carte bleue, son téléphone mobile, son GPS… Les Frères tiennent les rênes de cette société pas si imaginaire et la contrôle de A à Z, ou presque. Pour eux, "en abandonnant la notion de vie privée, les individus permettent l'établissement d'une société paisible" : étant continuellement surveillé, l'individu en question ne peut commettre de délits, de crimes ou comploter. Les Frères ont un but : contrôler le monde. Mais il y a les Voyageurs, ces hommes et ces femmes qui depuis des millénaires sont capables de quitter leur corps en déplaçant leur énergie sous forme de particules subatomiques. Ils visitent ainsi d'autres mondes et en reviennent avec des idées neuves et révolutionnaires de liberté. Les Frères mégalos, aussi appelés la Tabula, combattent donc ces Voyageurs depuis toujours, et il n'en reste peut-être plus aucun… A moins que… à moins que les Arlequins, hommes et femmes ayant dédié leur vie à défendre les Voyageurs aient réussi à en protéger quelques uns. Maya, jeune femme de vingt six est contrainte d'endosser le rôle d'Arlequin légué par son père et d'aller aux Etats-Unis protéger deux frères potentiellement Voyageurs, Michael et Gabriel Corrigan. Mais la Tabula, sous couvert public de l'institution Evergreen est aussi à leur recherche pour un programme très différent de leurs objectifs annoncés : ayant décelé le déplacement des particules subatomiques grâce à leur ordinateur quantique, les Frères ont capté des messages venus des autres mondes visités par les Voyageurs, aux civilisations technologiquement beaucoup plus avancées. Dès lors, pourquoi ne pas utiliser un Voyageur pour montrer à ces civilisations le chemin vers la nôtre et profiter de leurs connaissances pour dominer le monde ?
Sur le thème "attention, on vous surveille", le mystérieux John Twelve Hawks ne parvient pas à retenir longtemps notre attention dans ce premier tome des Mondes Parallèles. L'action est longue à se mettre en place et finalement, c'est à une course à travers les USA que l'on assiste : c'est à celui qui mettra en premier la main sur le Voyageur, puis à celui qui le récupèrera…etc… Maya l'héroïne, qui doit être dépourvue de sentiments pour remplir sa fonction, est donc sans épaisseur et ses alliés trop vite esquissés pour être intéressants. On plane un peu dans une ambiance New Age avec la visite de mondes habités et des épreuves élémentaires à subir pour traverser les différentes barrières qui nous en séparent.
Les droits cinématographiques ont déjà été achetés et certainement ce livre donnera un bon scénario de film américain grand public : finies les longueurs, un Tom Cruise qui court et qui se rappelle quand il était petit comme il a toujours été pourchassé par les vraiment méchants de la Tabula (lunettes noires et complet veston), des animaux génétiquement modifiés pour tuer, une Maya un chouïa plus sentimentale, les grands espaces… Aux croisements de 1984, Kill Bill et Les Sept samouraïs, ce livre fera certainement un bon scénario. Sans m'ennuyer fermement, sa lecture ne m'a pas passionnée tant tout cela ne me parait pas neuf. Mais le monde parallèle découvert par Michael et Gabriel, les Voyageurs, nous réserve peut-être des surprises pour le second tome…

 

NB : ce livre est d'abord paru en exclusivité en France chez France Loisirs

Mondes Parallèles - 1 : le voyageur (2005), John Twelve Hawks traduit de l'anglais (américain) par Maryvonne Ssossé, Jean-Claude Lattès, novembre 2006, 479 pages, 20 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Voilà bien longtemps qu'on nous le dit : la population européenne vieillit, trop de vieux, plus assez de jeunes pour payer leur retraite, leur sécu. Que fait-on ? Eh bien, hasard du calendrier, aujourd'hui 5 juin 2006, lundi de Pentecôte, ex jour férié : on travaille. C'est à dire cautère sur une jambe de bois. Jean-Michel Truong a trouvé une solution bien plus radicale. Dessinant un scénario catastrophico-réaliste, il imagine notre proche avenir croulant sous le poids des papys boomers. Enthousiasmés par le mirage de l'Eternity rush (vieillesse éternelle sans maux ni dégénérescence), ils se retrouvent sur le carreau une fois la supercherie démasquée. Ils y ont mis leur dernier enthousiasme, leurs économies, ils n'ont plus rien mais sont toujours là, à charge de la société. Qu'en faire ? Et si on les envoyaient en Sibérie ? Ils ne gêneront personne là-bas, on va leur promettre de beaux complexes hôteliers avec un pécule chacun, et voilà le premier train parti. Mais Truong est bien plus machiavélique que ça. A bord du train, un médecin plusieurs fois condamné (on l'apprend petit à petit) pour usage vraiment pas honnête de la médecine. Il a en Chine un très cher ami qui lui veut beaucoup de bien, jadis le très respecté (pour ses méthodes expéditives) Monsieur Ho et aujourd'hui devenu président de la première république chinoise. Pour accroître son pouvoir et sa domination, il accepte de prendre en main de "purger ce surplus - vingt-cinq millions, à réviser selon l'évolution des conditions économiques - plutôt que de compromettre le bien-être du plus grand nombre." Car enfin en Chine, c'est par centaines de millions que l'on compte le nombre de vieillards excédentaires "perdus pour la consommation comme pour la production"…
Au-delà de l'humour très grinçant de cette histoire, Jean-Michel Truong se livre à une analyse sociale et économique très poussée. Partant de la situation économique actuelle (nombre croissant de retraités, baisse de la natalité, engouement pour le jeunisme) et de quelques probabilités crédibles (ramdam médiatique bidon autour de la "pilule" de jouvence, éveil de la Chine à la société de consommation et révolte à grande échelle), il construit un suspens bien organisé autour de ce train qui file inexorablement vers la Sibérie où se recrée un microcosme social. C'est argumenté, efficace et d'un cynisme à toute épreuve.
A lire pour rire jaune.

 

Eternity Express, Jean-Michel Truong, Albin Michel, 2003, 299 pages, 19,50 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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