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Dimanche 20 avril 2008

Comme d'autres jeunes filles de son âge, Sphyrène, 17 ans, a été recrutée par Tristan Dolphin, manager de l'équipe olympique de natation. Elle devient très vite un des meilleurs espoirs français dans sa catégorie grâce à un entraînement intensif, excessif même, qui développe ses capacités physiques et de résistance de façon exponentielle. Alors que les Jeux Olympiques approchent, le docteur Pierre Marsault se fait voler le résultat de ses recherches sur l'hystérine, une nouvelle hormone. Il s'en ouvre à son ami journaliste, Vasco Real qui pressent que ces recherches risquent d'être expérimentées sur les champions olympiques. Effectivement, Sphyrène sent peu à peu son corps se transformer et des troubles du comportement.
A l'heure pas trop lointaine où le sport est devenu l'opium du peuple, il sert à détourner les spectateurs de la réalité. Et puisque les athlètes ont atteint les limites de leurs capacités humaines, entraîneurs et présidents de clubs n'hésitent pas à recourir à des anabolisants de plus en plus toxiques. On va même jusqu'à créer des clones élevés pour dépasser les limites humaines.
On regrette quelques raccourcis qui desservent la densité psychologique des personnages principaux, et même de quelques seconds rôles potentiellement riches, comme le frère de Sphyrène qui vit un processus de féminisation tel qu'il développe une grossesse nerveuse de neuf mois. Les mécanismes sportifs auraient également mérité d'être plus développés et le processus de fanatisation plus explicité. Mais la démonstration de Joëlle Wintrebert est cependant efficace et emporte l'adhésion : il n'est effectivement pas loin le temps où les sportifs ne seront plus que des résultats (ne l'auront-ils pas bien cherché ?) et où le sport aura anesthésié les facultés intellectuelles d'une certaine partie de la population.

 

Les Olympiades truquées, Joëlle Wintrebert, Fleuve Noir (Anticipation n°1573), 1987, 179 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Par une belle nuit d'octobre, le ciel soudain s'opacifie et les étoiles disparaissent. Trois jeunes adolescents américains, témoins de l'événement vont être les fils conducteurs de ce roman aussi intelligent que passionnant : Jason, héritier super doué du grand et richissime E.D. Lawton, sa sœur jumelle Diane, élevée comme si elle n'existait pas et Tyler, le narrateur discret, fils de la gouvernante qui vit avec sa mère dans la Petite Maison (les jumeaux vivant dans la Grande Maison) et dont la personnalité ne cesse de s'enrichir au fil des pages et du passé peu à peu dévoilé. L'intrigue est simple et compréhensible par tous : les Hypothétiques (autant dire des entités extraterrestres inconnues) ont entouré la Terre d'une membrane qui occulte le ciel, le spin. Pourquoi : mystère… Mais on s'aperçoit très vite que le spin est perméable tout en isolant le globe terrestre du passage du temps : "une seconde terrestre vaut 3,17 années Spin". Cette membrane agit comme un coffre-fort temporel. Pourquoi ? Jason Lawton va consacrer sa vie à comprendre ce mystère en dirigeant l'agence de recherches spatiales Périhélie. Car le soleil va mourir, l'espèce humaine avec lui et que restera-t-il de nous ?
Et c'est cette quête qui va unifier le livre. D'un côté les recherches de Jason, la terraformation de Mars en quelques années terrestres, puis la venue sur Terre, d'un Martien, c'est-à-dire d'un homme envoyé sur la planète rouge quelques années terrestres plus tôt. De l'autre Jason, le frère de Diane et surtout l'ami de Tyler, qui devient son médecin personnel quand sa santé se met à vaciller et qu'il doit se montrer invincible. Le passé des adolescents, puis des jeunes gens, puis des adultes qu'ils sont devenus est entrecoupé de chapitres intitulés "4 x 109 ap. J.-C." dans lesquels bien plus tard, Tyler se trouve avec Diane en Asie, fuyant des poursuivants dont on ignore tout. Mais Wilson amène peu à peu le lecteur à comprendre la situation des deux protagonistes par de subtils flash back d'une épaisseur psychologique et dramatique extrêmement efficace. Diane s'étant tournée vers la religion, ce sont les mouvements apocalyptiques et millénaristes qui sont analysés subtilement, sans dénonciation grandiloquente car l'humain est au cœur de ce roman, l'humain dans toute sa finitude ("Comment construire une vie sous la menace de l'extinction ?"), ses incertitudes et ses errements, l'humain cependant bourrelé d'espoir malgré toutes ses aberrations ("on ne peut pas assurer à sept milliards d'habitants une prospérité de style nord-américain sans dépouiller la planète de ses ressources").
La très grande réussite de ce roman est à mon avis d'avoir su traiter avec le même intérêt, la même tension dramatique la partie scientifique et les destinées d'une poignée d'humains se sachant condamnés. Jusqu'à la fin, les révélations sur le passé des personnages, même secondaires confèrent à l'ensemble une cohérence hyper réaliste et un suspense narratif tout à fait maîtrisé. Le happy end un peu décevant (ayez confiance, il y a toujours quelque part dans le monde une arche pour nous accueillir) est habillement contrebalancé par une constatation amère : où qu'il aille et quoiqu'il ait vécu, l'Homme recommencera éternellement les mêmes erreurs, détruisant son environnement pour le modeler à ses intérêts immédiats. Ajoutons enfin que la plume de Wilson est facile et compréhensible (même à moi qui ai arrêté la physique en 3ème), qu'il écrit bien et est bien traduit, certaines images valant même citation pour le plaisir, et je ne vais pas me gêner : "L'étoile mortelle mère de toute vie était passée dans une sénescence sanglante et nous tuait sans conscience". Bonne lecture à tous.

 

Ce roman a obtenu le Prix Hugo 2006 du meilleur roman de science-fiction

Spin (2005), Robert Charles Wilson traduit de l'anglais (canadien) par Gilles Goullet, Denoël (Lune d'encre), février 2007, 550 pages, 25 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Will Barbee est tout de suite séduit par April Bell, étrange jeune femme, journaliste comme lui. Ils assistent tous deux au retour de l'équipe d'archéologues anthropologues du professeur Mondrick. Mais à peine celui-ci est-il sur le point de faire une importante déclaration qu'il meurt dans une crise d'étouffement. Ses trois collaborateurs s'empressent de cacher le contenu d'une mystérieuse caisse verte, même à leur ami Will Barbee. Alerté par tous ces comportements mystérieux, le journaliste mène son enquête mais se découvre bientôt possédé par la jeune April Bell, qui lui a révélé être une sorcière : chaque nuit, il se transforme en animal et tue un des membres de l'expédition Mondrick. Délire alcoolique ? Culpabilité se transformant en rêve prémonitoire ? Barbee ne sait que penser.
Moi non plus d'ailleurs car ce livre me laisse assez sceptique. Publié en 1940, il me semble extrêmement vieillot. Le thème du loup-garou est traité sans nuances, et Barbee passe de l'état d'homme à celui de bête sans trop de scrupules : c'est un rêve… Son alcoolisme n'est pas assez pris en compte et la phase psychanalytique qu'il subit reste sous exploitée. Ces personnages semblent finalement assez superficiels, surtout le personnage-clé d'April Bell dont finalement on ne sait pas grand chose. Tous manquent d'authenticité et le dénouement cosmico-génétique n'en est que moins crédible (Will Barbee est l'Enfant de la nuit, rejeton de la race des hommes sorciers qui depuis la nuit des temps disputent à l'Homo sapiens sa suprématie sur Terre). L'intérêt du roman réside finalement dans son suspense (que contient la caisse mystérieuse et qui est l'Enfant de la nuit ?) que Williamson entretient jusqu'au bout.

 

Plus noir que vous ne pensez (1940), Jack Williamson traduit de l'anglais (américain) par Michel Chrestien, Presses Pocket (Dark Fantasy n°5017), 1978, 279 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Il y a plusieurs milliers d'années, les Shaas, aliens d'origine inconnue, ont créé l'empire en conquérant la Terre et bien d'autres planètes. Les Grands Maîtres ont imposé leur loi totalitaire et leur morale absolue, la Praxis : toutes les espèces y sont soumises et l'harmonie règne au sein de l'empire. Bien qu'immortels, les Shaas ont décidé de se tuer car leurs rêves se sont étiolés. Ce premier tome s'ouvre sur la mort du dernier Grand Maître shaa, Anticipation de la Victoire. Nous nous attachons au sort de l'ambitieux Gareth Martinez, provincial lieutenant de la flotte impériale et à celui de la belle Caro, admirée de Gareth et dont on devine le passé assez trouble. Ces deux-là se rencontrent, se disputent puis vivent des destins glorieux chacun de leur côté.
On ne peut pas dire que le scénario soit très palpitant, on ne sait d'ailleurs pas où il nous mène. L'action en elle-même est longue à s'installer. Par contre les personnages sont suffisamment denses pour qu'on s'intéresse à leur sort et l'empire des shaas complexe, original et cohérent. Williams est indiscutablement très doué pour les combats spatiaux, les sauvetages intersidéraux in extremis et les matchs de foot galactique. Les amateurs de space opera apprécieront la qualité du décor galactique, les autres, la densité psychologique des personnages et la cohérence dramatique de l'empire.

 

La chute de l'empire Shaa / 1 : mélancolie des immortels (2002), Walter Jon Williams traduit de l'anglais (américain) par Bernadette Emerich, Flammarion (Imagine), mai 2004, 368 pages, 23 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Jonah McEwen est détective privé. Depuis trois ans, il est plongé dans sa baignoire, inconscient, maintenu artificiellement dans le coma grâce à un liquide de survie. Il est pourtant soupçonné d'avoir tué et torturé près d'une vingtaine de jeunes filles ces trois dernières années. En 2069, sciences et nanotechnologies ont en effet rendu possible la duplication de soi et le transfert de matière : grâce au D-mat, chacun peut être ici et ailleurs, se transporter physiquement en quelques secondes de l'Australie à l'Europe centrale. Alors Jonah McEwen s'est-il consciemment dupliqué avant de s'immerger dans le SixSens, juste après la mort de son père adoptif ? A-t-il réussi à sortir du coma, à brouiller les données pour sauvagement torturer des femmes ressemblant à son ancienne collègue et maîtresse ? Il n'a lui-même pas de réponses car bien que sorti de son liquide de conservation, il a oublié la dernière semaine précédant son immersion. Il va donc falloir s'atteler à une enquête un peu plus traditionnelle, si cet adjectif a encore un sens dans un monde où les ordinateurs conscients pensent à la place des humains et ont atteint une autonomie inquiétante… Mais peut-on parler de meurtres quand seules les copies sont assassinées, les originaux continuant à se balader à leur gré sans même avoir conscience des sévices endurés par leur copie ? Tuer l'exacte copie d'un être humain (avec souffrance, tripes et boyau) sans que celui-ci en pâtisse est-il un crime ?
Bienvenue dans le domaine du cyberpunk (cyberpolar serait plus approprié) que l'on croyait moribond et que Sean Williams redynamise grâce à ce roman pas mal ficelé. Pas de frayeur : le jargon technique s'assimile facilement, (il y a même un glossaire des acronymes en fin d'ouvrage) et les performances technologiques, ma foi, soit vous faites comme si vous y croyiez, soit vous balancez le livre par la fenêtre, c'est le pacte de toute lecture science-fictive… Il y a bien quelques longueurs de-ci, de-là, et des dialogues pas toujours palpitants mais l'intrigue accroche par sa construction polyphonique qui croise les points de vue et permet au lecteur d'en savoir plus que le héros. Notons également des développements intéressants sur les IA conscientes et la duplication de soi : de grands pas vers l'immortalité, non plus dus à des savants fous échevelés mais à des ingénieurs et informaticiens mégalos que les nanos rendent tout puissants.
Un bon moment de lecture.

 

Reconstitué (2005), Sean Williams traduit de l'anglais (australien) par Pascal Huot, Bragelonne (SF), septembre 2007, 417 pages, 22 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Arthur, dit la Verrue, a été recueilli par messire Auctor pour être élevé avec son fils Keu dont il devient le compagnon de jeu et le souffre-douleur. Prétentieux et arrogant, Keu ridiculise l'enfant destiné à devenir son écuyer quand il sera chevalier. Mais un jour qu'ils partent tous deux chasser dans la Forêt Sauvage, c'est Arthur qui décide de partir à la recherche du faucon qui s'est échappé. C'est alors qu'il rencontre un vieillard excentrique et quelque peu magicien nommé Merlin qui vit dans la forêt avec son hibou Archimède. Il devient son professeur. Arthur vit alors toutes sortes d'expériences destinées à le former, en particulier des métamorphoses en divers animaux (poisson, oiseau, blaireau). Le lecteur apprend alors tout sur la vie et les mœurs de ces différentes bêtes car ces passages sont interminables.
T.H. White était un quasi ermite, passionné de sciences naturelles, ce qui imprègne ce texte sur la jeunesse du roi Arthur. Quand on n'a pas d'affinités particulières avec les animaux, c'est un peu long…
Bien sûr, le texte est souvent drôle, grâce aux facéties de Merlin ainsi qu'aux nombreuses plaisanteries ou situations anachroniques (Arthur rencontre Robin des Bois dans la forêt de Sherwood, Merlin s'habille suivant les modes de différentes époques). Mais c'est un humour facile, plus destiné à un jeune public qu'à des lecteurs désireux de se plonger dans une saga arthurienne. D'ailleurs Walt Disney ne s'y est pas trompé en achetant les droits dès 1939 pour l'adapter au cinéma en 1963. Il créa ainsi un de ses meilleurs dessins animés, drôle, énergique et tendre dans une juste mesure.
Dans ce premier tome d'une tétralogie, White ne donne pas à Arthur l'ampleur de son destin. Les situations cocasses l'emportent sur le destin tragique du personnage que pourtant l'auteur développe dans les tomes suivants. De fait ce livre peut être lu par de jeunes lecteurs, sous réserve de savoir distinguer les anachronismes sinon les plaisanteries tombent à plat.

 

Excalibur : l'épée dans la pierre (1938), Terrence Hanbury White traduit de l'anglais par Monique Lebailly, Le Livre de poche, mai 1999, 318 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Nous retrouvons Tally, Shay et Zane, protagonistes de Uglies, mais cette fois après l'Opération qui les a rendus beaux, c'est-à-dire Pretties. Si le premier volume suivait un scénario précis, celui-ci est pour le moins flottant. Tally et Zane ne souhaitent pas suivre la belle mentalité, celles des Pretties, faite de plaisirs, de jeux et de courte vue. Non, eux, ils veulent rester intenses, c'est-à-dire être capables d'éprouver des émotions sur leur planche, en sautant dans un lac glacé ou en s'embrassant… C'est tout ? Eh bien oui, à peu près. Ces jeunes gens ont compris que leur cerveau avait été trafiqué au même titre que leur corps pour entrer dans cette société idéale des Pretties où tout le monde il est beau… Mais ce n'est pas la manipulation qui les choque, c'est plutôt la monotonie de la vie ainsi tracée. Ils ont envie de sensations ces petits jeunes, rien de plus.
Alors quand un jour, un ancien Fumant parvient à s'introduire dans New Pretty Town (une vraie passoire) pour leur proposer un remède à l'Opération, ils n'hésitent pas et avalent chacun une pilule. Pour Tally tout va bien, mais Zane est bientôt pris de malaises : et s'il allait se transformer en légume… Les deux jeunes gens décident de quitter définitivement la ville pour rejoindre les Fumants, mais voilà, ils portent au poignet un bracelet-mouchard dont ils doivent auparavant se débarrasser. Dans cette ville aseptisée où le travail n'existe pas, Tally va heureusement rencontrer… une souffleuse de verre : complètement incroyable, à la limite de l'incohérence et à l'image de ce second volume qui ne tient pas les promesses du premier.
Il n'est plus ici question pour les jeunes héros de se battre contre un dogme social : il s'agit juste de rester intenses pour pouvoir s'éclater d'une façon différente, jouer aux mauvais garçons (la bande de Zane s'appelle les Crims). S'ils souhaitent quitter leur ville dorée, c'est plus pour échapper à la monotonie de la vie que pour contester des thèses dont ils ne savent que penser : "L'humanité est un cancer, et nous sommes le remède. Les villes avaient été construites pour mettre un terme à la violence. Et la violence était l'une des choses que l'Opération se chargeait d'effacer dans l'esprit des Pretties. Le monde dans lequel avait grandi Tally n'était qu'un vaste coupe-feu contre le cycle infernal." L'idée des Specials, docteur Cable en tête, serait d'obliger les hommes à arrêter de s'entre-tuer et de détruire la planète. Sans leur demander leur avis et en leur faisant subir à seize ans l'Opération (chirurgicale mais que Tally parvient à surmonter à la seule force de sa volonté !!). Et en gardant sous la main des "réserves" d'hommes naturels pour… pourquoi au fait ?
Tous les mystères ne sont pas levés, ni même l'ambiguïté du discours. Il reste encore au moins deux tomes à venir qui, espérons-le, sauront retrouver l'ambition et le dynamisme du premier opus. De cette intrigue qui n'en est pas une et s'éternise dans les deux premiers tiers du roman, retenons que Westerfeld sait ménager le suspense puisque ce second tome se clôt encore sur un coup de théâtre (dont le lecteur avait bien besoin pour avoir envie de lire le troisième…) : Tally va-t-elle de plein gré devenir Special ?

 

Pretties (2005), Scott Westerfeld traduit de l'anglais (américain) par Guillaume Fournier, Pocket Jeunesse, novembre 2007, 385 pages, 13,50 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Tally se réjouit d'avoir bientôt seize ans : comme ses ami(e)s, elle va subir l'Opération qui lui permettra de passer de l'état de Ugly (moche) à celui de Pretty (belle). Enfin elle va pouvoir ne penser qu'à s'amuser avec les autres insouciants Pretties. En attendant, elle s'ennuie et en profite pour faire les quatre cents coups, comme visiter de nuit sa future ville de New Pretty Town. C'est lors d'une de ses escapades qu'elle rencontre Shay, bientôt seize ans elle aussi, mais carrément bizarre : elle ne veut pas subir l'Opération… Elle raconte à Tally déboussolée qu'il existe une autre façon de vivre, clandestine, mais naturelle, où la beauté n'est pas un dogme social. Shay a décidé de s'enfuir pour rejoindre La Fumée où vivent les contestataires, mais elle ne parvient pas à entraîner Tally avec elle. Mais celle-ci, au moment d'être emmenée pour subir l'Opération tant désirée, est conduite chez les Specials auprès du docteur Cable, chef des services secrets. On l'interroge pour qu'elle avoue où s'est rendue Shay et comme elle ne sait rien, elle accepte de servir d'espionne : elle va partir seule et retrouver La Fumée grâce aux indications de Shay. Arrivée là-bas, elle devra déclencher un mouchard pour appeler les Specials. C'est sous cette unique condition qu'elle pourra devenir Pretty. On se doute qu'il sera alors difficile pour elle de trahir ses nouveaux amis, d'autant plus qu'elle découvrira que l'Opération ne consiste pas seulement en une transformation de l'apparence physique.
Sérieux ce livre qui amène le lecteur à réfléchir sur une société totalitaire qui se donne des airs de paradis. Que peut-il y avoir de mieux qu'une vie de plaisirs, d'amusements, de relations sociales facilitées par l'accession de tous à une même apparence physique : plus d'inférieurs ou de supérieurs, que des gens égaux devant la beauté et le plaisir… Il faut être beau, et avoir les dents bien droites par exemple, comme tous ces pauvres ados auxquels notre société colle un appareil dentaire pendant des années… Ne pas être trop gros, s'habiller comme ça, être jeune et bronzé… comme sur les couvertures de nos magazines. Scott Westerfeld sait une fois de plus être très convaincant et emporter l'adhésion : un roman dynamique alternant dialogues fluides et naturels, phrases courtes et efficaces, réflexion sociale, mal être adolescent, prise de conscience et des thèmes forts comme le courage, l'engagement, l'amitié, la trahison… La seule réserve que je ferai est au niveau du scénario, beaucoup moins original que celui de
V-Virus qui revisitait le thème du vampire. La science-fiction nous a déjà donné maintes sociétés dystopiques et l'idée même de beauté comme obligation sociale a déjà été traitée dans le livre de Christophe Lambert La loi du plus beau. Il n'y a rien de surprenant dans le scénario et les événements s'enchaînent de façon très attendue. J'ai dû lire trop de livres pour avoir l'impression d'avoir déjà lu celui-là… qui n'est pas destiné à de vieux croûtons comme moi mais à des jeunes gens et jeunes filles plus neufs en littérature. Qu'ils profitent donc de leur jeunesse pour lire Westerfeld qui propose une vraie réflexion sur la société occidentale d'aujourd'hui et sur la culture du paraître qui est la nôtre.

 


Uglies (2005), Scott Westerfeld traduit de l'anglais (américain) par Guillaume Fournier, Pocket Jeunesse, mai 2007, 432 pages, 13,50 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Le narrateur : Cab, 19 ans, étudiant en biologie fraîchement débarqué à New York de sa campagne natale. Son problème : une envie de sang et de sexe quasi incontrôlable. La solution : s'enrôler dans la Garde de Nuit. Et c'est ce que Cab a fait depuis qu'il est porteur sain d'un virus qui transforme les gens en vampires, ou plutôt en peeps, ce qui revient au même. Sa mission principale est de retrouver Morganne, la fille qui l'a contaminé, mais aussi celles à qui il a refilé le virus en couchant avec elle, en particulier Sarah. C'est sur cette traque que s'ouvre le roman, et un peep en peine action, c'est pas beau à voir : maigreur, crasse, violence, crocs proéminents et ongles noirs, il vit dans l'obscurité, entouré de rats et surtout, surtout, il se nourrit d'êtres humains… Mais Cab est équipé : seringue, pilules…etc… il a avec lui l'attirail du parfait agent de terrain de l'Hygiène fourni par la Garde de Nuit, cette institution plus vieille que les Etats-Unis eux-mêmes. Au point que le Maire de la Nuit, élu en 1687 est toujours en vie et à la tête de cette vénérable administration secrète. Cab va donc chercher Morganne… et rencontrer Lacey, jeune étudiante en journalisme dont les murs de l'appartement on été tagués au sang. Il va également beaucoup apprendre sur les buts réels de la Garde de Nuit, sur le virus, et sur les filles…
V-Virus est le quatrième roman de Scott Westerfeld traduit en français (un autre roman jeunesse chez Panama en 2006, un roman chez Flammarion/Imagine en 2004 et un space opéra inédit directement en Pocket SF encore en 2006). Il est à peu près certain que cet auteur va devenir incontournable. Son style attrape le lecteur dès la première ligne pour ne plus le lâcher. Ici Cab est doté d'un don de baratiner à la mesure de ses aspirations sexuelles, mais contraint au célibat, il met sa verve au service de la parasitologie : un chapitre sur deux est consacré à la description hilarante des trématodes, toxoplasmes, wolbachia, Cochliomyia hominivorax et autres hôtes indésirables du corps humain ou animal. Nous sommes absolument cernés par les parasites, c'est épouvantable et drôlatiquement écœurant.
Le tout au service d'un roman pour grands ados (young adults comme on dit Outre Manche et Atlantique) hyper dynamique qui revisite le mythe du vampire sauce moderne et branchée. Empêtré dans ses problèmes d'ado, Cab est aussi attendrissant que drôle. Westerfeld dépoussière et modernise nos vieilles idées reçues sur les vampires pour en faire des cannibales et des bêtes traquées. Il leur ajoute quelques caractéristiques intéressantes, comme d'abominer ce qu'ils ont jadis adoré, qui humanisent ces vampires new-yorkais terriblement crédibles.
Un très bon roman, qui aurait pu être excellent s'il ne se terminait sur une théorie du complot mondial (les vers contre les humains avec les seuls vampires pour sauveurs) qui m'a un peu déçue. C'est le genre de romans vivifiants (un comble pour un livre sur les morts vivants !) qui donnent envie de lire et de rire jaune en même temps : à recommander à tous ceux qui s'ennuient en lisant.

 

V-Virus (2005), Scott Westerfeld traduit de l'anglais (américain) par Guillaume Fournier, Milan (Macadam), février 2007, 331 pages, 9,50 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Kay est détective privé, spécialisé dans la recherche de personnes disparues. Un avocat, Victor Lazare, vient le trouver pour l'envoyer à la recherche de Walter Hertz, soudainement disparu et dont la femme est inquiète. Kay va se mettre en route dans une ville étrange, oscillant entre rêve et déréliction. Des tags s'affichent, aussitôt effacés, poussant les gens à partir, à franchir la limite… Dans cette ville balayée par les vents, en perpétuelle reconstruction, des bâtiments qui existaient un jour disparaissent le lendemain. Kay ne comprend pas, et encore moins quand l'artiste Marcia Tromb lui apprend que Linda Hertz n'a jamais été mariée, que Lazare n'est pas avocat… Puis Kay se met à rêver d'un détective privé, Kaminsky, spécialisé dans la recherche de personnes disparues qu'un certain Victor Lazare charge de retrouver sa femme, la chanteuse Maggie, partie avec un mystérieux cristal. Dès lors, les deux enquêtes se superposent, tournant à la schizophrénie, ou peut-être à la paranoïa. Qui de Kay ou de Kaminsky est réel ? Quel est le projet fou de Lazare ? Kaminsky ne tarde pas à comprendre qu'il dépasse le plus mégalo des rêves d'immortalité : Lazare scanne des consciences humaines qui alimentent des personnages virtuels vivant une vie autonome dans le cristal. Une vie à ce point réelle que ces êtres virtuels pensent être bien vivants.

L'idée rejoint des thèmes cyberpunks et flirte avec les meilleurs romans de Philip K. Dick (qu'est-ce que la réalité ? Sommes-nous maîtres de nos actes ?…). L'originalité réside dans le traitement narratif qui croise les récits des deux ( ?) détectives et insère le doute dans l'esprit du lecteur. C'est habile et convaincant. Comme l'est le personnage principal, détective à la petite semaine, mais tenace comme un roquet. Héritier des plus célèbres privés hard boiled, il est celui qui, mine de rien, dérange et bouscule. Il pose les bonnes questions à la fois pour faire progresser son enquête mais aussi pour souligner l'inanité des mondes, celui, virtuel, de Lazare, et le nôtre, lui aussi soumis à un démiurge aveugle et sourd, peut-être disparu lui aussi. Alors quand le vent souffle sur ce boulevard, il emporte les convictions et teinte ce roman d'une nostalgie de fin des temps Mais l'humour de Weiner le sauve du misérabilisme et du prophétisme.
Ce livre est inédit en français.

Boulevard des disparus (2002), Andrew Weiner traduit de l'anglais par Thibaud Eliroff, Gallimard (Folio SF n° 247), avril 2006, 390 pages, 7 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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