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Mercredi 9 avril 2008

Voici enfin le troisième épisode des Chroniques des Ravens. Six années se sont écoulées depuis la fin du second épisode et l'enfant d'Erienne et Denser est né. C'est une fille prénommée Lyanna qui développe des capacités magiques extrêmement puissantes : elle a " la capacité de comprendre les annales de tous les Collèges, mais aussi une connaissance innée de la force fondamentale et unique à laquelle les mages avaient jadis accès ". Selon toute vraisemblance, elle est celle qui pourra à nouveau unir les quatre Collèges de magie en un et ouvrir l'accès à la vraie magie.
Mais les Collèges, jaloux de leur pouvoir respectif, refusent cette union et pourchassent l'enfant. De même Sélik, et ses terribles Ailes Noires, farouches opposants à la magie, veulent l'éliminer. Pour sauver son enfant, Erienne s'est enfuie, la confiant aux soins des très vieilles Al-Drechars, gardiennes de la foi et de la vraie magie. Mais l'esprit de l'enfant provoque des désastres climatiques sur Balaïa : cataclysmes, tempêtes, ras de marées, le monde s'écroule à cause de l'enfant. Les Ravens à nouveau réunis vont tenter de sauver Balaïa en sauvant Lyanna.

Pour une fois encore, le sort de Balaïa repose dans les mains des Ravens. Même si les guerriers sont fatigués et aspirent à d'autres occupations (l'Inconnu est père de famille et Hirad doit veiller sur ses dragons), ils unissent à nouveau leurs forces pour sauver l'enfant de leurs amis, car ils sont liés par un code d'honneur et de fraternité. Comme dans les épisodes précédents, l'intrigue est simple mais les ressorts du conflit très complexes : les affrontements entre collèges de magie, les implications d'anciennes prophéties, les conséquences de vieilles rancunes et d'espoirs frustrés, tout se mêle pour composer un récit d'une grande densité dramatique au suspense très prenant.
James Barclay manie toujours aussi bien les dialogues et c'est un vrai plaisir de lire les échanges verbaux parfois cinglants, souvent savoureux de ces mercenaires que tensions et conflits intérieurs n'épargnent pas. Ces personnages sont toujours aussi riches et vivants et leurs combats et scènes de querelles ne cessent de nous enchaîner à une course contre la montre très réussie. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, tel l'abominable et indestructible Sélik et le trop loyal Darrick.
Il serait vraiment dommage que Les chroniques des Ravens ne soient qu'une trilogie…

Les chroniques des Ravens - 3 : OmbreMage, James Barclay, Bragelonne, août 2003, 395 pages, 20 euros

Cet article a été publié dans Science-Fiction Magazine n°41, février 2004

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mercredi 9 avril 2008

Les Ravens ont brillamment accompli leur première mission : ils ont trouvé les trois catalyseurs qui ont permis de déclencher AubeMort. Ce faisant, ils ont anéanti les Seigneurs Sorcyers, mais ils ont aussi engendré une situation encore plus critique que la première : une fissure s'est ouverte dans le ciel de Balaia et ne cesse de grandir. La tribu des dragons Kaans surveillent cette fissure mais bientôt, ils ne seront plus assez nombreux pour la défendre contre l'invasion des autres tribus : quand ils ne pourront plus lutter, le peuple de Balaia sera soumis à la destruction totale ou à l'esclavage éternel. Alors que leurs terres sont encore ravagées par les combats contre les Ouestiens, les Ravens se voient à nouveau confier le sort du monde : afin d'apprendre à contrecarrer l'action d'AubeMort, ils vont devoir retrouver les anciens écrits du mage Septern, dispersés dans les différents collèges de magie. Celui de Julatsa, assailli par les Ouestiens, vit un atroce massacre…

Une fois encore, les Ravens ont le sort de leur monde entre les mains. La bande de mercenaires ne compte plus les mêmes membres qu'au début du premier tome, mais ils sont toujours aussi redoutablement efficaces dans les combats et leur indéfectible amitié est le ciment indispensable de leurs haletantes aventures. Ce second tome est à la hauteur du premier : personnages hauts en couleur, rythme effréné et suspense prenant : vivement le 3ème !

 

Les Chroniques des Ravens - 2 : NoirZénith, James Barclay, Bragelonne, 2003, 20 euros

Cet article a été publié dans Lecture Jeune n°108, décembre 2003

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mercredi 9 avril 2008

Au départ, ils sont six mercenaires et un elfe. Depuis dix ans, ces Ravens combattent ensemble pour le plus offrant. Ils sont liés par une amitié indéfectible, un code d'honneur qui les distingue parmi les mercenaires et une redoutable efficacité au combat.
Pourtant l'un d'eux est un jour tué au combat à cause de Denser, mage xetesk. Les Ravens, tous trentenaires, décident de prendre leur retraite (l'un veut épouser la fille du maire, l'autre tenir un troquet…). Mais il n'en sera pas ainsi : ils vont devoir suivre et aider Denser, le mage qu'ils détestent. Car celui-ci s'avère être le seul capable de sauver la terre de Balaia de l'invasion des Ouestiens menée par les Seigneurs Sorcyers ressuscités, trois siècles après leur défaite historique. Les Ravens et Denser vont partir à la recherche de l'atelier du défunt mage Septern, celui qui jadis forgea AubeMort, seul sort capable de repousser l'invasion et de sauver Balaia. Puis ils devront trouver les trois catalyseurs permettant de lancer AubeMort. Mais ils ne sont pas les seuls à les chercher ; leur quête sera longue, sanglante et impitoyable.

Le monde inventé par James Barclay est extrêmement riche et original, sans être dénué d'humour. C'est un monde en guerre, dominé par une magie concentrée entre les mains des mages de quatre collèges ennemis qui devront s'allier pour vaincre le Mal. Le lecteur est emporté par une action qui ne faiblit jamais, servie par un rythme et des rebondissements inattendus. Il s'attache à des personnages riches, souvent complexes et éloignés des stéréotypes du genre.
Amitié, courage, combats et magie sont au cœur de cette quête périlleuse qui ne fait que commencer. Très bonne trilogie, à conseiller à partir du lycée.

 

Les Chroniques des Ravens / 1 : AubeMort, James Barclay, Bragelonne, 2002, 20 euros

Cet article a été publié dans Lecture Jeune n°107, septembre 2003

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mercredi 9 avril 2008

L'homme des jeux s'inscrit dans un cycle dont chacun des opus peut être lu séparément. L'intérêt réside dans la mise en place de la Culture, un type de société cohérent, original et très obscur. Qu'on imagine donc un monde où le pouvoir et l'argent n'existent plus, où chacun peut tour à tour devenir homme ou femme, où il n'y a ni loi, ni gouvernement. Ni dieu ni maître, sans slogan ni agitation. Depuis onze mille ans, la Culture est, la Culture règne, et tout va bien. Sauf que… la Culture est prosélyte et guerrière : un mystérieux service nommé Contact, dont on ne sait quasiment rien, repère dans l'espace les civilisations étrangères, y envoie ses agents chargés de "civiliser" les barbares (tout ce qui n'est pas la Culture est barbare) de gré ou de force. Bref, de les coloniser. Voilà qui est tout de même bien dérangeant… Dans ce volume (le premier traduit en France mais le deuxième écrit), Contact décide d'envoyer son champion des jeux Jernau Gurgeh dans l'Empire d'Azad, du nom du jeu qui y régit toute l'organisation sociale et politique. Ne peuvent accéder à des postes importants que d'excellents joueurs ("qui réussit dans le jeu réussit dans la vie"), et le meilleur devient empereur. Les habitants y sont humanoïdes et se composent de trois sexes, l'apical étant le dominant. Après réflexions (un peu longues), Jernau Gurgeh décide de partir pour Azad. Il a passé sa vie à jouer et ne consacre son temps qu'à ça (le travail n'existe pas pour la Culture, il faut bien s'occuper…). Son but avoué sera de savoir si un joueur peut "se mesurer avec succès aux autochtones en se fondant sur les principes des jeux dans leur ensemble, plus un rapide exposé des règles de celui-ci". La curiosité de Jernau Gurgeh est piquée, surtout qu'il doit se faire oublier pour un temps, car il vient de tomber dans un piège tendu par un drone malsain qui l'a poussé à tricher au jeu pour la première fois de sa vie.
Le voilà donc parti pour l'Empire d'Azad, qui ressemble bigrement à notre bonne vieille civilisation : dominants et dominés, rapports de force, corruption, pouvoir, argent… tout ça régi par le jeu d'Azad auquel Jernau Gurgeh ne tarde pas à exceller. Il va bientôt devenir gênant, très gênant pour l'Empire qui ne saurait admettre la supériorité de la Culture, et pour l'Empereur lui-même dont le trône est menacé.

Ce livre est d'une grande finesse car tout en ambiguïtés et en questions non résolues. La Culture, système social où tout le monde semble si heureux, est-elle l'Utopie enfin réalisée ? Mais qu'en est-il de la colonisation systématique de toutes les civilisations rencontrées ? Quelle est exactement la fonction de Contact ? Qui dirige ce service ? Nous autres anciens pays colonisateurs, nous ne pouvons que désapprouver… mais qu'en est-il alors de l'Empire corrompu jusqu'à l'os ? Il nous est si familier qu'il est difficile de le condamner, voilà qui est habile de la part de Banks. Le summum du roman est atteint au moment ou Jernau Gurgeh visite les bas-fonds de la planète et accède aux divertissements réservés aux puissants. Les descriptions sont absolument sordides, cruelles, extrêmement envoûtantes et malsaines. Gurgeh comprend, et le lecteur avec lui, que les lois sont faites pour dominer les faibles et les contraindre mais aussi pour que les puissants jouissent du plaisir de les enfreindre le plus sadiquement possible. Les dirigeants et hauts fonctionnaires de l'Empire se repaissent de sexe malsain, de tortures et de mort. Alors que quand tout est permis, il n'y a rien à désirer, rien à revendiquer, rien à punir : l'anarchie serait-elle l'opium du peuple ? Nous voici devant un bien subtil paradoxe, que Banks ne résout pas et c'est tant mieux.

L'homme des jeux (1988), Iain M. Banks traduit de l'anglais par Hélène Collon, Robert Laffont (Ailleurs et Demain), 1992, 390 pages, 21 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 8 avril 2008

"

Moi, j'ai jamais fait brûler de chien. D'accord, c'est amusant, mais il y a quand même d'autres choses plus intéressantes ! Deux ans après avoir tué Blyth, j'ai assassiné Paul, mon petit frère, pour des raisons différentes et nettement plus fondamentales."
Frank, le narrateur, a dix-sept ans. Il vit seul avec son père dans une maison isolée entourée d'eau. Il a son sanctuaire, où il ramène des cadavres d'animaux, et des rites bien précis qui structurent ses journées.
Car Frank ne va pas à l'école : son père n'a jamais déclaré sa naissance, c'est comme s'il n'existait pas. Et puis Frank souffre d'un handicap rédhibitoire : un chien lui a arraché le sexe alors qu'il avait trois ans. Le père, monomaniaque des chiffres, fait comme si de rien n'était, enfermant à double tour ses secrets dans un bureau. Et tout à coup, ils apprennent que le frère aîné s'est échappé de l'asile. Il cherche à rentrer chez lui, parsemant son chemin de cadavres de chiens brûlés vifs.

On aura compris que Iain Banks nous plonge au cœur extrêmement noir d'une folie familiale en marche. C'est sur un ton naturel et détaché que Frank explique pourquoi et comment il a tué plusieurs enfants. Tentant de construire une identité floue, il s'applique à élaborer des rituels de souffrance et de sang pour combler les manques de sa vie. La vérité se révèlera plus cruelle que son imagination détraquée.

Il faut aimer les tragédies psychologiques pour entrer dans ce livre-là, paru dans la collection "Thriller fantastique" du Fleuve noir, mais qui est surtout selon moi l'introspection sombre d'une âme humaine trompée et vengeresse.

Moi, j'ai jamais fait brûler de chien. D'accord, c'est amusant, mais il y a quand même d'autres choses plus intéressantes ! Deux ans après avoir tué Blyth, j'ai assassiné Paul, mon petit frère, pour des raisons différentes et nettement plus fondamentales."
Frank, le narrateur, a dix-sept ans. Il vit seul avec son père dans une maison isolée entourée d'eau. Il a son sanctuaire, où il ramène des cadavres d'animaux, et des rites bien précis qui structurent ses journées.
Car Frank ne va pas à l'école : son père n'a jamais déclaré sa naissance, c'est comme s'il n'existait pas. Et puis Frank souffre d'un handicap rédhibitoire : un chien lui a arraché le sexe alors qu'il avait trois ans. Le père, monomaniaque des chiffres, fait comme si de rien n'était, enfermant à double tour ses secrets dans un bureau. Et tout à coup, ils apprennent que le frère aîné s'est échappé de l'asile. Il cherche à rentrer chez lui, parsemant son chemin de cadavres de chiens brûlés vifs.

On aura compris que Iain Banks nous plonge au cœur extrêmement noir d'une folie familiale en marche. C'est sur un ton naturel et détaché que Frank explique pourquoi et comment il a tué plusieurs enfants. Tentant de construire une identité floue, il s'applique à élaborer des rituels de souffrance et de sang pour combler les manques de sa vie. La vérité se révèlera plus cruelle que son imagination détraquée.

Il faut aimer les tragédies psychologiques pour entrer dans ce livre-là, paru dans la collection "Thriller fantastique" du Fleuve noir, mais qui est surtout selon moi l'introspection sombre d'une âme humaine trompée et vengeresse.

 

Iain Banks (1983), Le seigneur des guêpes traduit de l'anglais par Pierre Arnaud, Fleuve noir (Thriller fantastique n°9012), janvier 2005, 222 pages, 5,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 8 avril 2008

Ballard n'écrit pas de la science-fiction, il s'en défend véhémentement, son rayon à lui c'est la fiction réaliste de type extrême (cf. le magazine "Lire" de février 2005). Soit, il n'y a effectivement rien qu'un esprit un peu perspicace ne puisse imaginer avec un peu d'effort. Car Ballard, grand maître britannique de la fiction réaliste de type extrême, nous invite à assister à la révolution des classes moyennes, c'est-à-dire architectes, médecins, journalistes… Tout ce beau monde habite la Marina de Chelsea, s'ennuie, alors, pourquoi pas une petite révolution ? Hein, parce que quand même, on nous augmente les parcmètres, alors on ne va pas se laisser faire comme ça… Bon, alors on pose quelques bombes ici et là, qui font des morts ici et là, et bon, tout ça n'est pas bien excitant, alors on rentre chez soi la queue entre les jambes, on s'est quand même bien amusé.

Vous comprendrez, grâce à ce résumé un tantinet ironique, qu'à mon avis le dernier Ballard n'atteint pas ses objectifs. Sa révolution des classes moyennes ne débouche sur rien, il n'y a ni espoir ni justification, si ce n'est la lassitude désabusée d'une tranche de la population ayant envie de se donner des émotions. Il n'y a rien derrière ces personnages, qui pourraient faire l'apologie du nihilisme, mais c'est justement ce qu'ils ne font malheureusement pas. Ces établis robotomisés aux loisirs et à la pub ne peuvent pas se détacher du carcan qu'ils se sont construit. Pas sûr d'ailleurs qu'ils aient un jour envie d'essayer, ils sont, comme l'immense majorité, satisfaits du régime pognon-télé-labrador. Ces gens-là n'attendent finalement plus rien, s'ennuient et le lecteur aussi, car Ballard n'est pas Camus, loin de là. Il passe me semble-t-il largement à côté du grand roman post 11 septembre et il ne sera pas le romancier de la révolution bourgeoise.
De plus, l'intrigue est inexistante, ce qui en fait finalement un roman pénible à lire. J'en ai quand même lu 248 pages, plus les deux derniers chapitres. Conclusion : se reporter à la réédition de Crash chez le même éditeur.

 

Millenium people (2003), James Graham Ballard traduit de l'anglais par Philippe Delamarre, Denoël (Denoël et d'ailleurs), janvier 2005, 367 pages, 22 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 8 avril 2008
Voilà typiquement la bonne idée qui tourne mal. Bien qu'on ait déjà beaucoup écrit sur le thème des voyages dans le temps, Kage Barker parvient à être originale en imaginant une société du futur qui enverrait ses agents dans le passé, pour le bien de l'humanité. Mendoza, la narratrice, est l'un de ces agents, rendue immortelle par le docteur Zeus. Tirée des geôles de l'Inquisition dans l'Espagne du XVIeme siècle, elle est envoyée en Angleterre où catholiques espagnols et protestants s'affrontent et se détestent. Botaniste, elle a pour mission de prélever quelques plantes que le temps aurait dû détruire. Grâce à Mendoza, ces espèces réapparaîtront miraculeusement et échapperont ainsi à la destruction.
Et c'est tout.
Alors sur 412 pages, c'est un peu long...
Bien sûr, la jeune Mendoza tombe amoureuse d'un austère protestant, qui lui offre des nuits d'amour et les premières larmes de son coeur ; et puis le style, à la première personne, est vivant, souvent humoristique. Mais il ne se passe vraiment pas grand chose et on s'ennuie car finalement, la situation romanesque n'est pas assez exploitée et on se lasse vite des amours de la soi-disant catholique et du jeune protestant au passé douteux. C'est vraiment dommage, car tous les ingrédients y étaient. Le deuxième volume, Coyote céleste, est peut-être plus abouti...

Dans le jardin d'Iden (1997), Kage Baker, traduite de l'anglais (américain) par Jacques Collin, Pocket (SF n°5820), avril 2004, 412 pages, 6,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 8 avril 2008

On connaît Ayerdhal pour ses romans tournés plutôt vers la socio-politique. Il s'essaie ici au polar mâtiné de SF. Ceux qui ont lu les Futurs Mystères de Paris de Roland Wagner connaissent Tem, ce personnage de détective si désabusé et pourtant efficace en diable puisqu'il a le don de transparence : aussitôt vu, aussitôt oublié. Très pratique pour passer inaperçu et mener une enquête discrète.
Ayedhal reprend cette étrange capacité et en dote son héroïne, jeune serial killer insaisissable. A tel point que les plus hautes instances ont fait une croix dessus, la laissant tuer à son gré, dans une chaîne de crimes apparemment sans lien. Stephen Bellanger, jeune Québécois fraîchement arrivé en France ne l'entend pas ainsi. Chargé à Interpol des meurtres oubliés, il fait resurgir le dossier Ann X. La jeune femme a commis son premier meurtre à douze ans en assassinant père et mère, plus un couple d'amis. Placée de psychiatres en maisons de redressement plus ou moins médicalisées, elle disparaît toujours, discrètement, continuant sa route sanglante. Ses meurtres ne sont pas signés mais reconnaissables à l'absence totale de description du meurtrier, l'utilisation d'une arme blanche , d'un sabre ou autre objet perçant et découpant… Bellanger va peu à peu découvrir qu'il a déjà rencontré cette tueuse, qu'elle le guette, peut-être pas pour le tuer. Une curieuse relation s'installe entre traqueur et traquée.

Avec beaucoup de souffle narratif, l'enquête est minutieusement menée. Stephen Bellanger ne semble pas plus Québécois qu'un autre, mais son flegme, son détachement et sa ténacité emportent l'adhésion. On se promène dans Lyon comme si on y était et on se laisse guider… les yeux bandés et en confiance car je dois dire que j'étais un peu perdue. Moi qui ne fais pas vraiment la différence de fonctions et d'attributions entre Interpol, Europol, la CIA, le FBI, la NSA et autres (je ne lis pas assez de polars…), j'étais parfois un peu perdue… mai confiante. Ayerdhal tisse sa pelote pour brosser le portrait de cette tueuse atypique que le lecteur finit par découvrir quasi aussi tendre qu'un agneau. C'est que cette fille n'a rien d'une autiste traumatisée, elle est intelligente et habile, ce qui, ajouté à son don de transparence, la rend presque intouchable, sauf par amour…Je n'ai pas été complètement convaincue par ce portrait psychologique très contrasté, ni par la fin, mais bon, le livre comptant 550 pages, on peut se réjouir du reste et suivre le tenace Bellanger dans une enquête bien menée, sans être inoubliable.

 

Ce livre a obtenu le Grand Prix de l'Imaginaire 2005, catégorie roman français

Transparences, Ayerdhal, Au Diable Vauvert, avril 2004, 550 pages, 23 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 8 avril 2008

Macil : ville comme tant d'autres où les riches exploitent les pauvres qui payent dîme, taille, gabelle et autres impôts, où les gens vivent et meurent. Oui, mais au cours d'un hiver particulièrement rigoureux, les habitants de la Colline décident de prendre en main leur destin pour ne pas mourir comme des chiens. Les Enselvains, habitués de la taverne du même nom, décident de fermer les accès à la Colline pour éviter les pillages. Sous la houlette de Parleur, ils bousculent coutumes, préjugés et rancunes afin de survire pacifiquement à l'hiver. Car Parleur, disciple de Karel, le poète assassiné, prône le dialogue et l'équité. Et les Collinards survivent à l'hiver. Mais quand le nouveau Prince multiplie taxes et impôts, la Colline doit à nouveau lutter pour sa survie. Elle referme ses portes et s'organise de façon autonome, défiant ainsi l'autorité et le pouvoir tyranniques du Prince.
C'est bien un rêve qu'écrit Ayerdhal : celui d'un monde où les chansons tiendraient tête aux injures, où les corps désarmés s'offriraient aux bastonnades, où les manifestations silencieuses mettraient en échec les manœuvres de la soldatesque. Mais la Colline a beau crier, revendiquer, négocier, le tyran reste sourd et manœuvre dans l'ombre au mieux de ses intérêts. Les Collinards, porte-drapeaux des pauvres, doivent se fermer pour préserver leur idéal et le réaliser.
Cette utopie finira comme les autres : mal. Mais ces magnifiques chroniques, au rythme lent et presque triste, laissent à penser que peut-être un jour, quelque part dans le vaste monde, l'utopie deviendra réalité. Sous la plume tragique d'Ayerdhal, celle-ci s'incarne, s'explicite, se réalise : il faut y croire et transmettre, changer les hommes pour changer la vie.

Ce livre est précédemment paru sous le titre Parleur ou les chroniques d'un rêve enclavé, J'ai Lu, 1997

Chroniques d'un rêve enclavé, Ayerdhal, Au Diable Vauvert, avril 2003, 384 pages, 17,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Mardi 8 avril 2008

William est un jeune garçon qui a le pouvoir extraordinaire de voyager dans le temps. Orphelin sans attaches, il passe d'un siècle à l'autre au gré de ses envies. Pour le premier tome de ses aventures, c'est au 18ème siècle que ce nouvel héros a envie de se transporter pour rencontrer l'aimable marquis de Whindington, auteur de livres pour la jeunesse que William a dévorés : quel plaisir en effet de rencontrer son auteur favori mort depuis plus de cent ans ! Confiant, le jeune garçon raconte pour la première fois au marquis l'aventure qu'il vécut lors d'un séjour au 19ème siècle : prisonniers d'une méchante sorcière qui les fait mendier, lui et quelques autres garçons sont réduits à une vie de misère et de coups. Mais grâce à l'ingéniosité de William, ils vont déjouer l'odieux trafic humain auquel se livre la démoniaque créature.
Le rythme des aventures londoniennes est trépidant et la vie des jeunes garçons crédible. On pense évidemment à Oliver Twist et autres David Copperfield et la sorcière est vraiment excellente dans l'hystérie et les remarques cinglantes aux enfants ou à son bras droit, Musaraigne. On regrette cependant les soixante premières pages du roman qui n'ont globalement pas grand-chose à voir avec la suite : une fois le marquis présenté, à quoi bon s'attarder très longtemps sur son ami, l'étourdi sir Thomas ? C'est drôle, mais inutile pour la suite.
On peut également s'interroger sur certaines incohérences psychologiques : comment un jeune garçon qui apprécie et utilise la technologie du 20ème siècle (CD, DVC…) peut-il être si heureux d'en être privé dans un château anglais en plein hiver, sans électricité ni chauffage ? Et pourquoi, mais pourquoi répète-t-il toutes les trois pages " C'est décapsulant ! " ? Bien sûr l'auteur joue avec les différences de langage d'une époque à l'autre, mais cette expression-là n'est vraiment pas heureuse…
Hormis ces quelques petits travers, les enfants à partir de 10 ans liront je crois avec plaisir les aventures de ce jeune voyageur du temps et de ses amis. Un cycle d'un jeune auteur à surveiller, dans une petite maison d'édition. Les jolies illustrations intérieures d'Uderzo ne gâchent rien.

 

William le jeune voyageur du temps / 1 : William et la sorcière de Londres, Aurélien Aujame, Didier Carpentier (Collection Jeunesse), avril 2004, 348 pages, 14 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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