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Dimanche 20 avril 2008

Comme vous le savez certainement, nous vivons au milieu de monstres tous plus repoussants les uns que les autres : vampires, loups-garous, golem, Léviathan… Heureusement, pour nous en débarrasser, il y a le Club Van Helsing. Sur un simple coup de fil, on vous envoie un chasseur de monstres.
"Un monstre, un chasseur, à chaque fois un match arbitré par l'un des plus fameux auteurs français du polar ou de l'imaginaire".
C'est sur ce concept simple que les éditions Baleine ont démarré une nouvelle collection dont la deuxième saison vient de commencer. Avec ce concept, des auteurs construisent leur histoire, dans l'univers de leur choix. Ils viennent du polar ou du fantastique, ils sont tous Français et ont donné jusqu'à présent du pire et du meilleur d'après les échos que j'ai pu en avoir sur le Net. Il fallait donc que je me fasse ma propre idée, et que je tombe sur La nuit du minotaure de Paul Halter qui, nous dit la jaquette, "excelle dans les romans d'énigmes policières et de crimes impossibles". Avec une quarantaine d'ouvrages à son actif, je ne pouvais pas manquer de tirer le bon numéro.
Eh bien voilà… pas tout à fait.
Résumons : lors d'une randonnée en Crète, une femme découvre des inscriptions très anciennes concernant le mythique minotaure qu'elle recopie dans un carnet. La malheureuse meurt d'une malencontreuse chute peu après. Quelques semaines plus tard, débute dans la région de Strasbourg une série de meurtres très sanglants. Et étrange au point de titiller le flair d'Hugo Van Helsing qui envoie sur les lieux un de ses fins limiers : Roland Bayard (l'inspecteur Bayard !). "C'était un gaillard d'une quarantaine d'année, d'allure sportive et de taille moyenne. Encadré d'une épaisse chevelure marron à peine striée de gris, son visage sans trait dominant était celui d'un homme serein et détendu". Bon, avec lui, ça ne va pas traîner, se dit-on. Et effectivement, ça ne traîne pas, tout s'enchaîne parfaitement, à tel point qu'avant le troisième chapitre, pas besoin d'être Sherlock Holmes pour avoir deviné la fin. Parce que ce petit malin, il a compris ce que la police ne comprend pas (ben tiens pardi, sont trop bêtes) et qu'on a deviné puisqu'il court après un monstre l'inspecteur Bayard : l'assassin, c'est le minotaure. Et il est revenu parmi nous à cause des inscriptions. Bon c'est vrai, j'exagère parce que je vous dévoile tout, mais bon, je vous assure, le niveau du suspense est à peu près égal à zéro.
Si vous voulez mon avis, c'est un peu rédhibitoire… Parce que comme on n'a pas peur non plus, il ne reste plus grand chose… Ah si, le prix : 9,90 euros pour 190 pages petit format, c'est cher payer.


La nuit du minotaure, Paul Halter, Baleine (Club Van Helsing), mars 2008, 190 pages, 9,90 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Un "beau" jour Bill Masen se réveille sur un lit d'hôpital et tout a changé autour de lui : 90% de la population est devenue aveugle à cause de mystérieux éclairs verts traversant le ciel londonien en cette agréable soirée de mai. Il a échappé au fléau grâce au bandage qu'il porte sur les yeux ; pour diverses raisons, quelques personnes sont également encore voyantes. Dès lors pour eux, la vie change du tout au tout : des aveugles errent de par les rues, incapables de retrouver leur maison et leurs amis, de se nourrir, de subvenir à leurs besoins. Les suicides se multiplient, les pillages commencent et bientôt les quelques voyants s'organisent selon des priorités différentes : aider les aveugles, s'en sortir entre voyants. Mais un autre facteur important doit être pris en compte : la Terre est envahie par les triffides, végétaux ambulants de provenance inconnue dont l'huile aurait dû servir de nourriture à divers êtres vivants. Mais profitant de la catastrophe, les triffides se répandent partout sur la Terre et prennent un immense ascendant sur l'homme alors que celui-ci se met à errer dans le noir. Qu'un malheureux errant se fasse cingler par un tentacule géant et c'est l'empoisonnement, puis la mort. Bill Masen erre de groupuscules en bandes plus ou moins armées, jusqu'à fuir la capitale britannique pour chercher refuge à la campagne, là où le vent emporte les odeurs de cadavres en décomposition… Mais la vie n'est pourtant pas plus facile là où l'herbe est plus verte, car hommes et femmes prisonniers de leurs principes ont du mal à reconstruire une société nouvelle.
C'est à une intéressante réflexion sociale que se livre ici John Wyndham, analysant les rapports humains durant une situation paroxystique. Les voyants vont-ils se regrouper pour survivre, laissant les aveugles se débrouiller ? La solidarité va-t-elle primer ? 10% de la population peut-elle se mettre au service des 90% restants ? Les bandes armées vont-elles parvenir à imposer leurs lois par la force ? L'avènement des triffides signe-t-il la fin de l'humanité ? Le suicide est-il la solution ? Pour le héros narrateur, nul doute qu'il faut revoir les bases de la société, les lois et les principes. S'il est prêt à se mettre au travail, le dévouement total n'est pourtant pas son credo car la survie doit être à la base de toute nouvelle organisation. Loin de prôner l'anarchie ou le totalitarisme, Bill trouve la force de continuer en Josella, jeune femme voyante rencontrée par hasard après la catastrophe : l'amour, la famille, les enfants, voilà ce qui donnera à Bill le courage de défendre l'humanité et de se battre contre des bestioles increvables et toujours plus virulentes. Pas de panique cependant, le conservatisme d'un Barjavel n'est pas à l'œuvre chez Wyndham, humaniste avant tout.
Après être tombé dans l'oubli, il est heureux que ce roman d'anticipation post apocalyptique soit à nouveau disponible car ni sa thématique ni ses personnages n'ont subi les assauts du temps. On sait que les auteurs britanniques furent dans les années 50-60 les champions tous azimuts du roman apocalyptique : inondation, sécheresse, désertification, fin du soleil, choc avec divers astéroïdes… rien ne fut alors épargné à notre belle planète bleue. En comparaison, Wyndham fait sobre mais redoutablement efficace, avec un personnage à la fois pragmatique et émouvant, aussi discret qu'énergique.
Ce roman a été adapté au cinéma en 1962 par Steve Sekely sous le titre La Révolte des Triffides.

Analyse très intéressante de ce roman, ICI 

Le jour des triffides (1951), John Wyndham traduit de l'anglais par Marcel Battin et Sébastien Guillot, Gallimard (Folio SF n°267), janvier 2007, 346 pages, 6,80 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

La Terre n'est plus. Une poignée d'êtres humains survivants a été recueillie par les Draags, extra-terrestres de type insectoïde. Sur leur planète, les hommes sont devenus des animaux de compagnie, un peu mieux traités que des chiens car les Draags sont de bons maîtres, mais surveillés de près grâce à des colliers. Terr a été adopté par la jeune et insouciante Tiwa qui le laisse écouter son casque diffuseur de savoir. Et Terr devient rapidement intelligent. Il rompt sa chaîne et retrouve ses semblables, hommes rebelles qui vivent dans les entrailles de la planète en préparant leur exode.
Un grand classique de la SF française sur le thème des extra-terrestres et de la liberté individuelle. Humains et Draags sont à la fois émouvants, sincères et attachants ; rien n'est manichéen, si l'on excepte la fin un peu trop "happy end" ("Dans le soir doré descendant sur la mer, deux vaisseaux s'accotaient l'un à l'autre, comme deux amis. Des hymnes draags et des chants d'oms ondulaient dans la brise").
Ce livre a inspiré un dessin animé de René Laloux en 1973 (dessins de Roland Topor) : La Planète sauvage.

Oms en série, Stefan Wul, Denoël (Présence du Futur), 1972, 190 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Le narrateur, David Lambert est le conservateur du musée de la Locomotion de Londres. On lui remet une lettre signée H.G. Wells " à n'ouvrir que le 21 décembre 1999 ". Sentant le canular mais curieux de nature, il finit par découvrir, planquée dans un squat, une machine à voyager dans le temps, construite jadis par la jeune maîtresse de Wells. L'homme est archéologue et pourtant, il ne choisit pas de retourner dans le passé mais de suivre les traces de la jeune inventeur vers l'année 2500 de notre ère. Détruit par la mort de sa maîtresse quelques quinze années plutôt, David Lambert emmène avec lui ses souvenirs, allant jusqu'à faire d'Anita la destinataire de sa chronique des jours à venir. Il va ainsi pouvoir faire le deuil de son passé, de son amour perdu et exprimer toute la douleur amoureuse qui le ronge aussi sûrement que la maladie de Kreusfeld Jacob qu'il porte en lui.
Deux lignes narratives donc pour ce roman dominé par l'errance, la contemplation et le ressassement du passé douloureux comme si l'homme avait besoin de souffrir pour continuer à vivre. Cette souffrance psychologique culmine en fin de roman avec la souffrance physique la plus douloureuse mais surtout la plus symbolique qui soit. David Lambert en tant que dernier homme de notre ère est peut-être aussi le premier, le seul capable de sauver notre civilisation, de témoigner et de parler. Mais est-ce bien nécessaire ? La Grande-Bretagne de 2500 témoigne des souffrances de la Terre, des malheurs des hommes et de leur folie. Lambert comprend que quelques décennies après son départ, le pays a été soumis par un dictateur qui n'a pas su faire face aux catastrophes climatiques et démographiques qui accablaient la planète : réchauffement, montée des eaux, pollution ambiante, manque de nourriture… Le constat est amère et les descriptions cocasses, rappelant celles de Spinrad dans Bleue comme une orange : les plantes tropicales ont recouvert Londres (échappées des jardins botaniques et trouvant désormais un climat favorable pour se développer), de même que les animaux plus ou moins exotiques : pumas, perroquets, singes... Rendue à elle-même, l'Angleterre n'est que forêts, marais et cris d'animaux. Lambert retrouve l'état de nature devant l'immensité primordiale : "Je commence à me sentir à nouveau en danger, comme le trappeur en territoire indien. Perché dans les arbres, un archer pourrait m'embrocher vingt fois, comme un saint Sébastien." Crainte qui cache le fol espoir de n'être pas seul, de rencontrer enfin quelqu'un qui lui dise ce qui s'est passé. Car si les vestiges de notre civilisation racontent la catastrophe, la décadence, la mort, ils n'expliquent pas la déréliction et l'absence de tout être humain. Difficile de ne pas raconter la fin car les expériences que va vivre David Lambert sont d'une grande intensité.
Vous ne trouverez pas dans ce livre, malgré des décors exotiques, des aventures à la Indiana Jones dans un monde perdu. La première partie, assez dynamique, est consacrée à la découverte de la machine de Wells et à son exploration ; la seconde nous précipite en 2500 et c'est le récit très introspectif du narrateur solitaire qui se développe sur plus de cent cinquante pages : son amour perdu est, à l'image de cette Londres d'apocalypse, dévasté et définitivement perdu. C'est aussi beau que triste, même si parfois un peu long. Comme l'archéologue qu'il est, Lambert ne se révolte pas contre l'incurie des hommes, il cherche à savoir, à comprendre, à analyser les mécanismes qui nous ont conduits jusque-là. Il trouvera en Ecosse une partie des explications qu'il cherche, et pire encore.
Intitulé "A Scientific Romance" (terme générique traduit en France par "anticipation scientifique"), ce roman doit autant à Wells qu'à Shakespeare, Rilke, Wilde ou Conrad. Éminemment poétique et littéraire, ce roman où citations et références abondent dépasse les genres pour conter la vie, l'amour et le temps.

 

Chronique des jours à venir (1997), Ronald Wright traduit de l'anglais (canadien) par Henri Thereau, Actes Sud (Le Cabinet de lecture d'Alberto Manguel), juin 2007, 426 pages, 23 €

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Trois livres composent la première livraison de la nouvelle collection de fantasy de chez Calmann-Lévy. Trois livres et j'ai choisi celui-ci en premier, pour mon plus grand ennui. Je suis péniblement parvenue à la page 160 mais ne peux aller plus loin car je n'y comprends rien. La faute m'en incombe certainement mais je ne peux fixer mon attention sur un texte aux dialogues aussi mièvres et dont la structure narrative flotte au point de se déliter dans le n'importe quoi. Alors je me dis que c'est sans doute voulu puisque tout repose sur l'enchevêtrement du rêve et de la réalité. Le jeune héros, Galen Waylock, est le dernier gardien des rêves, celui qui doit empêcher les mauvaises créatures des rêves d'envahir définitivement le monde réel. Or, le temps est proche car Galen a entendu sonner la cloche (comme qui dirait de l'Apocalypse). Bon, là d'accord. Le problème c'est que des personnages différents (son grand-père, le premier de la lignée Waylock et autres…) racontent au jeune garçon des légendes anciennes censées lui expliquer le pour quoi du comment (qui il est, qui sont les créatures maléfiques, comment les combattre, etc.) et qu'on y comprend rien alors que lui a l'air de tout piger. À cette intrigue première s'adjoint l'histoire de Wendy à la folie douce et de son mari : elle est hospitalisée, va mourir, mais son mari rencontre un spectre qui la sauve si et seulement s'il peut prendre une autre vie à la place de la sienne. OK dit le mari. Et le spectre veut celle de Galen bien sûr, qui est en train de rêver et se retrouve dans le coma. Mais ça ne fait rien car Wendy intègre le monde des rêves (enfin je crois), y rencontre le fondateur de la lignée Waylock sous les traits de Galen (enfin je crois) et va essayer (pourquoi elle ?) de retrouver les sept talismans qui combattent les neuf fléaux (le compte n'y est pas, ne me demandez pas pourquoi). Et par dessus tout ça encore beaucoup de personnages dont je ne sais jamais s'ils font partie du rêve ou de la réalité (il y a le père de Galen et sa femme, ou son ex-femme, qui apparaissent de loin en loin, ainsi que le Roi phoque censé être gentil mais qui est méchant, le caporal Furlough et l'officier Mocklear qui a priori n'ont rien à voir là-dedans…).
Je déteste les livres où l'on nous sert des explications à la louche. Mais en lisant celui-ci je me rends compte que je n'apprécie pas non plus ceux où la confusion narrative est telle que ce qui devrait être le nœud de l'intrigue devient un embrouillamini incompréhensible. C'est dommage car l'idée de départ était plutôt bonne.
Gageons que parmi ces trois premiers titres, j'ai choisi le pire et que les autres seront plus réjouissants.

 

Les guerriers de l'éternité - 1 : le dernier gardien des rêves (2004), John C. Wright traduit de l'anglais (américain) par Jean-Pierre Pugi, Calmann-Lévy, octobre 2005, 267 pages, 20,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

C'est avec plaisir que l'on retrouve les romans que Chris Wooding écrit pour la jeunesse. Parmi les multiples publications en fantasy, il sait encore trouver un chemin original en terre de Faërie. Nous avons au départ la jeune Poison qui vit dans les Marais Noirs. Un peu rebelle bien sûr, pas bien en phase avec les gens, elle se querelle avec sa belle-mère et écoute de temps en temps les histoires que lui raconte le vieil Escadre, qui a vu bien des choses… Mais voilà qu'un jour sa petite sœur est enlevée par un ignoble épouvantail qui laisse à sa place un changelin, dont la famille doit s'occuper si elle veut pouvoir espérer le retour de l'enfant. Pour Poison c'est le signal du départ : elle quitte son village de Goéland pour aller chercher Azalée en terre de Faërie, car ses peuples de magiciens ont toujours fait du tort aux humains et il est temps que cela cesse. Poison va bien sûr rencontrer des amis et éviter des embûches durant sa quête. Elle va aussi grandir et apprendre à discerner, peut-être, ce qu'est la réalité et où commence la fiction. Elle va trouver sa place dans le monde faërique, celle des humains.
Malgré tout ce qui semble conventionnel, Chris Wooding fait oeuvre originale car rien n'est simple et résolu dans ce livre. Il y a un chat bizarre qui le reste jusqu'au bout, un attrape-paluspectre aux motivations obscures et finalement, une quête inassouvie. L'héroïne n'est pas aussi hystérique que certaines, elle est têtue et ne comprend pas tout du premier coup. Enfin le monde de Faërie n'est pas un enchantement de contes de fée : il faut se méfier des belles princesses et considérer à deux fois notre premier avis sur les trolls. Et il faut découvrir ce nouveau monde sans modération.

 

Les disparus du royaume de Faërie (2003), Chris Wooding traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc, Gallimard (Folio Junior n°1359), mars 2005, 386 pages, 6,60 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Bonne question : qui veut tuer la charmante Alaizabel ? Thaniel Fox, dix-sept ans, chasseur d'Ymages de profession, l'a un jour trouvée et ramenée chez lui et depuis, rien ne va plus : Alaizabel est parfois habitée par une puissance néfaste et attire à elle les Ymages les plus dangereuses. Tous les monstres que compte ce Londres imaginaire du XIXème siècle semblent en effet aux trousses de la jeune fille qui ne se souvient pas de son passé. Avec l'aide de Thaniel, elle va comprendre qui elle est et se découvrir le centre d'une vaste société secrète, la Confrérie, qui l'utilise pour arriver à leurs fins, qui passent par la destruction et l'anéantissement de milliers d'êtres humains, du monde entier peut-être… Pendant ce temps, le Recousu assassine des femmes dans les quartiers malfamés de Londres…
On entre très facilement dans cette atmosphère brouillasseuse et malsaine à souhait. Chris Wooding sait inventer des créatures méchantes, gluantes et malodorantes qui sont immédiatement antipathiques mais marquent cependant des points face aux héros. Il y a bien des morts et des gros mots dans ce texte, qui ne manque ni de verve, ni d'action, ni de combats à mort entre les jeunes et gentils chasseurs d'Ymages et les Forces du Mal qui grouillent et se multiplient. Un roman de fantaisie dynamique et imaginatif, pour lecteurs, à partir de 13 ans, qui n'aiment pas s'ennuyer en lisant.

 

Qui veut tuer Alaizabel Cray ? (2001), Chris Wooding, traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc, Gallimard (Folio Junior n°1286), 2003, 389 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Kirrick est un brave petit rouge-gorge courageux dont les parents ont été tués par de méchantes pies qui sèment la terreur au Royaume des Oiseaux. Slyekin a décidé et organisé l'extermination totale de toutes les races qui ne sont pas des corvidés. Kirrick, qui veut faire quelque chose pour son peuple, rencontre Tomar, vieux hibou qui présidait jadis le Conseil des Hiboux. Ils forgent un plan et voilà le frêle rouge-gorge parti pour trois voyages périlleux dont le but est de rassembler les oiseaux les plus forts (faucons, aigles, oiseaux de mer) pour tendre un piège aux pies.
Puisque ce roman n'est pas paru en édition jeunesse, traitons-le comme un roman pour adultes et disons tout de suite qu'il suinte les bons sentiments. Le manichéisme est la pierre d'angle de ces aventures animalières. Dès le départ, le ton est donné : " Une entreprise gigantesque pour un si petit être, dont dépendait la survie de toutes les créatures à l'âme et cœur purs ". Les clichés succèdent aux phrases convenues (" n'écoutant que son courage… ", " Kirrick emportait avec lui, sur son dos, les espoirs des générations présentes et futures "). Le pire est atteint dans les descriptions psychologiques et physiques, anthropomorphisées à outrance (j'aimerais bien voir à quoi ressemble un oiseau ayant les " yeux cernés par le manque de sommeil " !). Et le comble du ridicule lors d'une scène de viol entre oiseaux. Le but final de la mission est de rétablir l'ordre naturel perturbé par la dictature des pies. Les oiseaux passent pourtant allègrement des pactes avec les autres espèces, les aigles jurant de ne plus manger de lapins (qui ont aidé Kirrick) et les oiseaux eux-mêmes de ne plus avaler aucun insecte ! C'est incohérent en plus d'être mièvre. Mais quand les éditeurs cesseront-ils d'invoquer Tolkien derrière les quatrièmes de couverture ?!
Le prière d'insérer précise que les droits ont été achetés par Disney. On imagine très bien quel genre de guimauve cette machine à rêves formatés pourra en tirer.

 

Le royaume de Kirrick, Clive Woodall traduit de l'anglais (américain) par Madeleine Nasalik, Albin Michel, avril 2005, 267 pages, 18,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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Dimanche 20 avril 2008

Dans l'Arche, des hommes et des femmes ont jadis fui la Terre pour la planète Pollen (les femmes en nombre très supérieur, dit la légende), où s'établit une société matriarcale et non violente dont la population est volontairement limitée à soixante-dix mille âmes. Les femmes y sont libérées de leurs obligations traditionnelles et physiologiques, étant rendues stériles grâce à des manipulations génétiques. Les enfants sont fabriqués en matrice par triade de deux filles et un garçon. Quelques hommes vivent sur Pollen (1/3 d'hommes pour 2/3 de femmes) mais la plupart vit sur le Bouclier, satellite chargé de défendre Pollen contre toute agression venue de l'espace. Une fois l'an, ces hommes, beaucoup plus virils que ceux de Pollen (et donc violents, livrés à leurs seuls instincts) viennent récupérer quelques femmes, tels les Romains enlevant les Sabines, afin d'avoir des enfants (les Poléniennes ne sont plus stériles sur le Bouclier). Les femmes ainsi enlevées quittent définitivement leur planète d'origine. Habitent également le Bouclier les relégués de Pollen, tel Sandre le héros, qui poussé par un mouvement contestataire a tué un guerrier.
Le bel équilibre pollenien est donc rompu, cette rupture venant d'un déséquilibre qui place les hommes en situation d'infériorité par rapport aux femmes. A partir du crime primordial de Sandre, tout va aller de mal en pis : la triade qu'il forme avec ses sœurs Salem et Sahrä vole en éclats. Salem parvient à le suivre en exil en déjouant la machination qui préside au rapt rituel. Ainsi sont peu à peu et irréversiblement dévoilés les disfonctionnements de la société pollenienne qui dès lors, se désagrège.
Joëlle Wintrebert montre ainsi qu'une utopie ne peut fonctionner si elle est basée sur la mise en infériorité politique, sociale et humaine d'un genre sur l'autre. Même non violente et idéaliste, la société pollenienne est vouée à l'échec car elle nie l'individu, masculin ici. Elle dénonce finalement une société totalitaire basée sur des principes rigides, sur l'autorité et un mensonge fondateur. La liberté factice est donc fragile.
Pollen avait pourtant bien des atouts et des attraits. En effet, ses habitants y vivent en harmonie avec la nature dans des arbres qui veillent sur leur bien-être psychologique. La sexualité est libre, détachée des clivages traditionnels entre hommes et femmes, frères et sœurs, jeunes et vieux et surtout libérée des contraintes de la reproduction. L'individu s'épanouit grâce à la tendresse et à la sensualité prônées dès le plus jeune âge.
Pourtant la violence existe, Pollen s'est aveuglé en la niant et en l'incarnant dans les seuls individus masculins. La solution n'est pas dans la loi arbitraire mais bien dans l'échange et l'acceptation mutuelle des différences. Pollen n'est donc pas un simple roman féministe, puisque le féminisme échoue mais bien une réflexion intelligente sur la place des femmes dans la société, la nôtre, celle de demain.

Pollen, Joëlle Wintrebert, Au Diable Vauvert, février 2002, 333 pages, 13,50 euros

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Livres
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Dimanche 20 avril 2008

Eden et son père, le savant Pièr Lyss (il étudie les créatures extra-terrestres), arrivent sur la planète Brume en touristes. Ils sont accueillis par Orson Zaka, le gouverneur intérimaire, grand chasseur de vampires. En effet, Brume est peuplée de créatures ressemblant à des chauves-souris, qui, semble-t-il, attaquent les hommes pour boire leur sang.
Rapidement, Eden et son père découvrent que les prétendus vampires, les Ouraniens, sont en fait des créatures intelligentes, pacifiques (ils n'ont attaqué les hommes que pour se défendre) et prêtes à collaborer avec les humains pour vivre en harmonie sur Brume. Orson Zaka est un être sanguinaire, qui a rendu les Ouraniens responsables de la mort de sa femme alors qu'il en est le responsable. Il organise des safaris d'une grande cruauté et programme un minutieux génocide.
Avec l'aide de Nyel, le fils de Zaka, Eden vient en aide aux créatures persécutées.

Un bon roman sur la lutte contre l'injustice, l'engagement et le droit à la différence. On reconnaît la plume de Joëlle Wintrebert qui écrit encore et toujours de la Sf de qualité pour la jeunesse : tous les ingrédients sont là pour retenir l'attention des jeunes lecteurs à partir de 10 ans : aventure, amitié entre adolescents, injustice envers les plus faibles, relations avec les parents (en particulier le père).

Les Ouraniens de Brumes, Joëlle Wintrebert, Nathan (Pleine Lune), 1996, 150 pages

par Sandrine Brugot Maillard publié dans : Jeunesse
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